Tu as un peu d’argent de côté, un crédit qui court, et tu te demandes ce qui est le plus malin : le garder, ou t’en servir pour rembourser plus vite. C’est une vraie question, et je trouve qu’on y répond souvent à l’instinct (« une dette, c’est mal, il faut s’en débarrasser ») alors que ça se raisonne assez simplement.
Ma règle tient en une phrase : rembourse en priorité ce qui coûte plus cher que ce que rapporte ton épargne, mais seulement une fois que tu as une réserve pour les imprévus. Du coup, un crédit renouvelable se rembourse avant d’épargner, sans discussion. Un crédit immobilier à taux bas, lui, ne se rembourse pas en priorité, parce que l’argent est plus utile ailleurs. Et entre les deux, ça se calcule.
La réserve passe avant tout
La pire configuration, à mon avis, c’est de mettre toutes tes économies dans un remboursement anticipé et de te retrouver sans rien devant toi. À la première panne, tu réempruntes, et souvent plus cher que le crédit que tu venais de solder (ce qui est un peu rageant).
Donc je garderais d’abord de quoi encaisser un coup dur, même un petit montant. C’est seulement au-delà de cette réserve que la question « épargner ou rembourser » se pose vraiment.
Vaut-il mieux épargner ou rembourser son crédit ?
Ça dépend du taux. Si ton crédit coûte plus que ce que rapporte ton épargne, chaque euro remboursé te rapporte plus qu’un euro placé, donc tu rembourses. Si son taux est plus bas, tu gardes ton argent disponible. Et dans tous les cas, garde d’abord une réserve pour les imprévus.
En pratique, les crédits renouvelables sont de très loin les plus chers. Les rembourser en priorité n’est même pas un arbitrage, c’est une évidence, et voici comment en sortir. Un crédit à la consommation classique coûte en général nettement plus qu’un livret réglementé, donc le rembourser en avance est le plus souvent gagnant.
Un crédit immobilier souscrit à taux bas, c’est le cas inverse. Si son taux est proche ou en dessous de ce que rapporte ton épargne, garder ton argent disponible a plus de valeur que de solder plus vite.
Un détail qui piège pas mal de monde : ne compare pas les mensualités. Ce qu’il faut comparer, c’est le taux du crédit et le rendement net de ton épargne.
Les indemnités de remboursement anticipé
Rembourser en avance n’est pas toujours gratuit, et en général on le découvre au moment de le faire.
Pour un crédit à la consommation, une indemnité n’est possible que si le total des remboursements anticipés dépasse 10 000€ sur douze mois. Elle est alors plafonnée à 1% du montant remboursé, ou 0,5% si le crédit se termine dans moins d’un an. Et elle ne peut pas dépasser les intérêts que tu aurais payés jusqu’au terme.
Pour un crédit immobilier, l’indemnité est plafonnée à six mois d’intérêts sur le capital remboursé, sans dépasser 3% du capital restant dû. Certains contrats l’excluent carrément, c’est le premier endroit où je regarderais. J’ai détaillé ce sujet dans l’article sur la renégociation.
Ce que tu perds en souplesse
C’est l’argument qu’on oublie le plus souvent, et pourtant je pense que c’est le plus important. De l’argent sur un livret reste disponible demain matin. De l’argent versé en remboursement anticipé est sorti de ta poche pour de bon : ta dette a baissé, mais tu ne peux pas le récupérer pour une panne de voiture ou un mois sans revenus.
C’est pour ça que les deux extrêmes me paraissent mauvais, tout rembourser sans réserve comme accumuler sur un livret en laissant tourner un crédit cher.
Réduire la mensualité ou la durée
Si tu rembourses une partie d’un crédit immobilier, la banque te proposera souvent le choix.
Réduire la durée fait économiser beaucoup plus d’intérêts. C’est le bon choix si ton budget mensuel actuel est confortable, et c’est ce qui permet d’arriver à la retraite sans crédit, ce qui est l’argument principal en faveur d’un achat.
Réduire la mensualité soulage tout de suite. C’est le bon choix si ton budget est tendu ou si ta situation est instable. Par contre, décide tout de suite quoi faire de la différence, sinon elle sera absorbée en trois mois sans laisser de trace.
Les deux cas où la réponse est évidente
Premier cas, tu as un crédit renouvelable ou plusieurs paiements fractionnés en cours. Là, je rembourserais sans hésiter dès que la réserve minimale est en place. Ces crédits coûtent tellement plus cher que n’importe quel livret que la comparaison n’a pas lieu d’être, et tant qu’ils tournent, ils grignotent ta capacité à épargner. Le mécanisme est détaillé ici.
Deuxième cas, tu prépares un achat immobilier, et c’est l’inverse : garde ton argent disponible. Une banque regarde ton apport et tes charges mensuelles. Solder un petit crédit peut donc aider, mais vider ton épargne pour le faire te prive de l’apport dont dépend le prêt. Ce que la préparation d’un achat change au budget.
Ce que je ferais, dans l’ordre
Moi, je commencerais par une réserve pour les imprévus, même modeste. Ensuite, je solderais tout crédit renouvelable ou facilité de paiement en cours. Puis je comparerais le taux des crédits restants au rendement de l’épargne, en vérifiant au passage les indemnités de remboursement anticipé dans le contrat. Et je continuerais à épargner pour les projets à venir, avec un montant et une date.
Quoi qu’il arrive, garde un budget plaisir pendant que tu rembourses. Se priver totalement ne tient jamais plus de quelques mois, et un crédit remboursé un peu moins vite vaut mieux qu’un plan qui craque au troisième mois.
Sources
- Crédit à la consommation : règles du contrat et remboursement anticipé, Service Public
- Peut-on rembourser son crédit immobilier par anticipation ?, Service Public
- Rembourser son crédit immobilier avant le terme, economie.gouv.fr