Épargne et projets

Épargne de précaution ou épargne projet : où passe la frontière

Au début, on a souvent un seul livret, et tout va dedans. L’argent pour les coups durs, celui des vacances de l’été prochain, la future voiture, et parfois un peu de « au cas où » sans vrai nom. Ça marche jusqu’au jour où il faut y toucher, et là, on ne sait plus très bien si on puise dans sa sécurité ou dans son projet. Sur un forum, quelqu’un posait la question franchement : « Je n’arrive pas encore à distinguer la frontière entre épargne de précaution et épargne projets. »

Je pense que la frontière tient en deux questions. Est-ce que tu as choisi cette dépense ? Est-ce que tu connais sa date ? L’épargne de précaution sert à ce que tu n’as ni choisi ni daté (la panne, l’arrêt de travail, la perte d’emploi). L’épargne projet sert à ce que tu as choisi. Et entre les deux, il y a une troisième catégorie qu’on oublie. Ce sont les dépenses qu’on n’a pas choisies mais dont on connaît la date, comme la taxe foncière ou les pneus.

Quelle différence entre épargne de précaution et épargne projet ?

L’épargne de précaution couvre ce qui tombe sans prévenir : une réparation urgente, des frais médicaux, une période sans revenus. Elle a un montant cible, souvent 3 à 6 mois de dépenses essentielles, et on n’y touche que pour un coup dur. L’épargne projet finance ce que tu as décidé, avec un montant et idéalement une date.

Les deux questions, appliquées

Ce test a l’avantage de trancher les cas qui font hésiter. Je les prends un par un, parce que c’est là que tout se joue.

Ta voiture tombe en panne et la réparation coûte 900€. Tu ne l’as pas choisie, tu ne connaissais pas la date, donc c’est de la précaution. Par contre, si ta voiture a 17 ans et que tu sais qu’il faudra la remplacer d’ici deux ou trois ans, son remplacement n’a plus rien d’imprévu. Tu ne l’as pas vraiment choisi, mais tu sais à peu près quand il arrivera. Donc il se prépare à part, comme un projet (même si tu n’en as pas envie), et j’ai fait le calcul pour une voiture.

La taxe foncière, l’assurance annuelle, les cadeaux de Noël ? Tu ne les as pas vraiment choisis, mais tu connais la date à la semaine près. Ce ne sont ni des imprévus ni des projets, ce sont des dépenses annuelles, avec leur propre provision. Et selon qu’elles seront prélevées ou payées par carte, elles ne se rangent pas au même endroit. Les laisser piocher dans la précaution, c’est la vider tous les ans pour des choses qui n’ont rien d’imprévu.

Une « bonne affaire » à saisir, un canapé en promo, un voyage qui se libère au dernier moment ? Tu l’as choisi, donc ce n’est pas de la précaution, même si c’est urgent. Je sais que c’est tentant de voir l’occasion comme une sorte d’imprévu. Mais c’est exactement comme ça que les réserves fondent, sans qu’aucun coup dur ne soit arrivé.

Pourquoi je les sépare vraiment

On pourrait se dire qu’un seul livret suffit, du moment qu’on sait dans sa tête ce qui est quoi. Honnêtement, je n’y crois pas trop. Dans la tête, les frontières bougent, et un projet qui avance mal finit toujours par emprunter un peu à la réserve « juste pour cette fois ».

Deux livrets séparés font le travail à ta place. Quand tu regardes le solde de la précaution, tu sais si tu es protégé. Quand tu regardes celui du projet, tu sais où tu en es, sans avoir à soustraire mentalement la part qui ne t’appartient pas vraiment. C’est la même logique que les 3 comptes pour le quotidien : un compte par rôle, et le solde te répond directement.

En pratique, c’est simple à mettre en place. Chaque personne peut avoir un Livret A (plafonné à 22 950€) et un LDDS (plafonné à 12 000€), avec des retraits libres sur les deux. Du coup, une répartition qui marche bien, c’est le Livret A pour la précaution et le LDDS pour les projets. Si tu as plusieurs projets en même temps, certaines banques proposent des livrets classiques en plus. Je n’hésiterais pas à en ouvrir un par projet si ça t’aide à y voir clair.

Dans quel ordre les remplir

C’est la question qui suit naturellement, et je ne pense pas qu’il faille tout donner à la précaution avant de penser au reste. Attendre d’avoir six mois de dépenses de côté pour commencer à préparer ses vacances, c’est le meilleur moyen de lâcher l’épargne au bout de trois mois.

Je ferais plutôt en deux temps. D’abord, tout l’effort va sur la précaution jusqu’à un premier palier, un mois de dépenses essentielles, parce que c’est ce qui évite le découvert au premier pépin. Ensuite, je partagerais le virement mensuel entre la précaution (jusqu’à la cible) et les projets. Une fois la cible de précaution atteinte, tout le virement bascule vers les projets, et la réserve n’a plus besoin de grossir.

Prenons Nadia, qui a 1 300€ de dépenses essentielles par mois et peut mettre 250€ de côté. Elle met les 250€ sur son Livret A pendant un peu plus de cinq mois, jusqu’à 1 300€. Ensuite, elle passe à 150€ pour la précaution et 100€ pour son projet de vacances sur le LDDS. Le jour où son Livret A atteint 3 900€ (trois mois de dépenses, elle est en CDI), les 250€ vont entièrement aux projets.

Quand il faut puiser

Si un coup dur vide une partie de la précaution, je remonterais d’abord la réserve, avant de reprendre les projets. C’est frustrant, mais c’est ce qui fait qu’elle sera là la prochaine fois. Sur les forums, ceux qui se sont relevés de plusieurs coups durs disaient à peu près tous la même chose. Priorité au renflouement, et les primes ou rentrées imprévues vont à la réserve.

Et dans l’autre sens, peut-on prendre dans un projet pour un imprévu ? Oui, à mon avis, si la précaution ne suffit pas. Un projet décalé de six mois, c’est toujours mieux qu’un crédit à la consommation ou un découvert qui traîne. Je le déciderais simplement en le sachant, et je noterais que le projet a reculé, plutôt que de laisser fondre le solde sans y penser.

Si tu n’as pas encore de réserve du tout, je commencerais par là. Et si tu ne sais pas quels projets nommer, voici des exemples d’objectifs selon ta situation. Une épargne qui a un nom est beaucoup plus facile à tenir qu’une épargne « au cas où ».

Sources