Épargne et projets

Pourquoi je ne parle jamais d'investissement ici

De temps en temps, on me demande pourquoi je ne parle pas de placements. La question est légitime : la plupart des sites qui parlent d’argent finissent par là, et c’est même généralement le sujet principal.

J’ai des placements. Je ne suis pas en train de dire que ça ne sert à rien, ni que je n’y touche pas. Je ne veux simplement pas en faire le sujet de ce blog, et je pense que c’est la décision la plus utile que j’ai prise en l’écrivant.

La frontière est celle du système

La méthode des 3 comptes répond à une question précise : où va l’argent qui rentre chaque mois, et combien puis-je dépenser aujourd’hui. Trois comptes, trois destinations, une réponse qui se lit au lieu de se calculer.

L’investissement se situe entièrement de l’autre côté de cette question. Il commence quand il reste quelque chose une fois que tout le reste est réglé, et il porte sur un horizon de dix ou vingt ans, pas sur le mois en cours.

Ce sont deux problèmes différents, et surtout ils ne se posent pas dans le même ordre. Quelqu’un qui utilise son découvert tous les mois n’a pas un problème de placement, il a un problème de mois. Lui parler de rendement à ce moment-là, c’est répondre à côté.

Ce que j’appelle un vrai investissement

Je tiens quand même à une définition ferme, parce que le mot est massacré.

Pour moi, un investissement, c’est quelque chose qui prend de la valeur ou qui rapporte de l’argent. C’est tout. Un ordinateur à 1 200€ qui te sert à travailler est une dépense professionnelle utile, ce n’est pas un investissement, et j’ai écrit tout un article sur cet abus de langage parce qu’il sert surtout à se justifier un achat.

Chez moi, ce qui rentre dans la catégorie, ce sont des placements immobiliers faits à crédit et des placements en bourse à long terme. Rien d’exotique, rien que je surveille toutes les semaines.

Un détail que je répète souvent parce qu’il compte : sur les placements faits à crédit, ce qui entre dans mon budget mensuel, c’est le net. Ce qu’ils versent, moins ce que coûte le crédit. Raisonner sur ce qui arrive sans soustraire ce qui part, c’est se raconter une histoire, et c’est une erreur qui se paie dans les mois où le budget est serré.

Les trois raisons pour lesquelles je n’en parle pas

Ce n’est pas le problème de ceux à qui je m’adresse. Ce blog s’adresse à des gens qui veulent arrêter de stresser à la fin du mois. Pour la plupart d’entre eux, la bonne question n’est pas “quel placement choisir”, c’est “comment faire pour que le 25 du mois ne soit plus un moment désagréable”. Ce sont les sites d’investissement qui couvrent l’autre besoin, ils le font très bien, et ils s’adressent à des gens qui ont déjà de l’argent à placer.

Je me méfie de l’effet gourou. Il y a un moment, dans à peu près tous les contenus sur l’argent, où celui qui écrit passe du témoignage au conseil, puis du conseil à la promesse. Sur la gestion du quotidien, le risque est limité : au pire mon système ne te convient pas et tu en essaies un autre. Sur des placements, un mauvais conseil se compte en années. Je ressens la même méfiance vis-à-vis des gens qui parlent d’immobilier avec certitude, y compris quand je prépare mon propre achat.

Je n’ai pas de compétence particulière. Je ne suis pas conseiller financier, je n’ai pas de formation dans le domaine, et le fait d’avoir des placements ne fait pas de moi quelqu’un qui sait quoi te recommander. Je sais raconter ce qui a marché chez moi pour tenir un budget parce que je l’ai vécu de l’intérieur pendant vingt ans. Sur les placements, je n’ai pas cette légitimité, et le fait de l’avoir sur un sujet ne la donne pas sur l’autre.

Ce que je dis quand même

Il y a deux choses que je considère comme relevant de mon sujet, et pas du leur.

L’ordre des priorités. Avant tout placement, il y a une réserve de précaution, et avant elle, il y a un système qui tient. Placer de l’argent en ayant des crédits à la consommation en cours ou en utilisant son découvert tous les mois n’a aucun sens, quels que soient les rendements affichés. Cet ordre-là n’est pas un conseil de placement, c’est du bon sens budgétaire.

Le fait que l’épargne n’est pas un des trois comptes. C’est un point que je répète parce qu’il est mal compris. Épargner, c’est un virement qui sort de ton budget au même titre que le loyer, et qui réduit mécaniquement ce qui reste pour le plaisir. Ce n’est pas ce qui reste à la fin, ça ne l’est jamais.

La question qui revient quand même

“Mais alors, à partir de quand est-ce que je peux commencer à placer ?”

Ma réponse tient en trois conditions, et aucune ne concerne un montant. Quand tes mois se terminent sans tension depuis plusieurs mois d’affilée. Quand tu as de quoi absorber une panne de voiture ou un mois sans revenu sans emprunter. Et quand tu comprends ce dans quoi tu mets ton argent, au point de pouvoir l’expliquer à quelqu’un d’autre.

Si ces trois conditions sont réunies, tu n’as pas besoin de moi pour la suite, et tu trouveras facilement mieux placé que moi pour t’en parler. Si elles ne le sont pas, alors le sujet du moment n’est pas le placement, et je préfère continuer à écrire sur celui-là.