Couple et partage

Objectifs financiers en couple : se mettre d'accord quand on n'a pas les mêmes envies

Pour se fixer des objectifs financiers en couple, il faut d’abord séparer ce qui est vraiment commun (la réserve pour les imprévus, le logement, les vacances à deux) de ce qui appartient à chacun (la moto de l’un, la formation de l’autre). Les objectifs communs se financent ensemble, dans un ordre décidé à deux, et les objectifs perso se financent chacun de son côté, sans avoir à les justifier. La plupart des disputes viennent de ce qu’on mélange les deux listes.

Voici comment faire le tri, s’accorder sur l’ordre, et transformer tout ça en virements qui tournent seuls.

Pourquoi c’est plus dur qu’en solo

Seul, un objectif financier se résume à un montant, une date et un virement mensuel. La méthode tient en quelques étapes. À deux, les mêmes étapes butent sur trois choses.

Vous n’avez pas les mêmes envies. L’un rêve d’un voyage en Islande, l’autre veut changer de voiture, et les deux trouvent l’objectif de l’autre moins urgent que le sien. C’est normal, et il faut en tenir compte dès le départ plutôt que d’espérer convaincre l’autre.

Vous n’avez pas le même rapport au risque. Pour l’un, 2 000€ de côté, c’est confortable, pour l’autre c’est angoissant tant que ça ne fait pas 10 000€. Ce décalage, très fréquent entre un profil dépensier et un profil économe, fausse toutes les discussions sur les montants.

Vous n’avez pas forcément les mêmes revenus. Un objectif commun de 200€ par mois ne pèse pas pareil sur un salaire de 1 600€ et sur un salaire de 3 200€.

Étape 1 : faire deux listes, pas une

Chacun écrit de son côté ce qu’il aimerait financer dans les trois à cinq prochaines années, avec un montant approximatif. Ensuite seulement, vous mettez les listes côte à côte et vous triez.

Est commun ce qui profite aux deux ou engage les deux : la réserve d’imprévus du foyer, l’apport pour un logement, les vacances ensemble, l’arrivée d’un enfant, le remplacement de la voiture si elle sert aux deux.

Est perso ce qui ne concerne qu’un des deux : un loisir, un équipement, un voyage entre amis, un projet professionnel.

Le tri fait déjà la moitié du travail. Un objectif perso n’a pas à être négocié, il a seulement à être financé sur la part de chacun. Ça évite les débats du genre “tu as vraiment besoin d’un nouveau vélo ?”, qui transforment vite les discussions d’argent en tribunal.

Étape 2 : s’accorder sur l’ordre des objectifs communs

Sur les objectifs communs, il faut se mettre d’accord, et le plus simple est de ne pas discuter de tout en même temps.

La réserve d’imprévus passe en premier, sans débat. Tant qu’elle n’existe pas, le moindre pépin (une panne, une facture de dentiste, une période sans revenus pour l’un des deux) vient piocher dans l’épargne des projets, et tous les objectifs reculent. C’est la base de tout le reste. Si vous n’êtes pas d’accord sur le montant, partez sur le plus petit des deux chiffres comme première étape, puis montez.

Ensuite, un seul gros projet à la fois, ou deux petits en parallèle. Vouloir financer en même temps l’apport, le mariage et la voiture, c’est avancer sur tout à une vitesse qui décourage. Choisissez celui qui a la date la plus contrainte, ou celui qui compte le plus pour le couple.

Quand vous ne tombez pas d’accord sur le prochain, deux solutions marchent bien. Soit vous financez les deux en parallèle avec un virement plus petit chacun, en acceptant que les deux arrivent plus tard. Soit vous alternez : le projet de l’un d’abord, celui de l’autre ensuite, avec une date écrite pour le passage de relais. L’essentiel, c’est que la décision soit prise une fois, et pas rediscutée chaque mois.

Étape 3 : décider qui met combien

Pour les objectifs communs, la question de la répartition se pose exactement comme pour les dépenses du quotidien. Soit chacun verse la même somme, soit chacun verse une part proportionnelle à ses revenus.

Un exemple : Nora gagne 1 800€ et Karim 2 700€, soit 4 500€ à deux. Ils décident de mettre 300€ par mois sur leur réserve d’imprévus. Au prorata, Nora verse 120€ (40% des revenus du couple) et Karim 180€ (60%). À parts égales, ils verseraient 150€ chacun, et l’effort serait nettement plus lourd pour Nora.

Il n’y a pas de bonne réponse universelle, mais un repère : si l’écart de revenus est important, le prorata évite que l’un des deux s’épuise pendant que l’autre épargne sans y penser. Et quelle que soit la règle retenue pour les dépenses courantes, gardez la même pour les objectifs, sinon vous aurez deux logiques à arbitrer.

Étape 4 : un objectif, un virement

Un objectif qui dépend de ce qui reste en fin de mois a peu de chances d’aboutir. À deux, c’est encore plus vrai, parce que chacun peut penser que c’est l’autre qui fera l’effort ce mois-ci.

Chaque objectif commun devient donc un virement automatique, programmé juste après les salaires, vers un livret dédié. Si vous avez un compte joint, le plus simple est d’augmenter le virement que chacun y fait déjà, puis de programmer depuis ce compte les virements vers les livrets. Le réglage est détaillé ici.

Chaque objectif perso devient aussi un virement, mais depuis le compte de la personne concernée. Et dans la méthode des 3 comptes, cet argent ne sort pas de nulle part : l’épargne n’est pas un compte en plus, c’est un virement qui réduit d’autant le budget Plaisir. Si Karim veut mettre 100€ par mois de côté pour une moto, son budget Plaisir baisse de 100€, et c’est à lui de juger si ça vaut le coup.

Étape 5 : un point court, deux fois par an

Les objectifs de couple bougent plus que les objectifs solo, parce que la vie à deux change vite : un changement de poste, une naissance, un déménagement. Un point tous les six mois suffit, en regardant trois choses :

  1. Où en est chaque objectif commun par rapport à la date prévue ?
  2. Les revenus de l’un ou de l’autre ont-ils changé au point de revoir la répartition ?
  3. Un objectif est-il devenu moins important, ou un nouveau est-il apparu ?

Ce point n’est pas un bilan des dépenses de l’autre. On parle des objectifs, pas de ce que chacun a fait de son budget Plaisir.

Le cas où l’un n’a aucun objectif

Ça arrive souvent : un des deux a une liste de projets, l’autre n’en a aucun et vit très bien comme ça. Dans ce cas, ne cherchez pas à lui en inventer. Gardez les objectifs communs (au minimum la réserve d’imprévus), et laissez la personne sans projet perso utiliser son budget Plaisir comme elle l’entend. Si un jour elle a envie de quelque chose, elle saura comment le financer.

Si tu cherches des idées d’objectifs chiffrés selon ta situation, voici des exemples concrets, dont un pour un jeune couple.