Couple et partage

Temps partiel ou congé parental : qui compense quoi dans le couple

Avec l’arrivée d’un enfant, il y a souvent un moment où l’un des deux réduit son temps de travail. Un passage à 80 %, un congé parental, parfois pour deux ou trois ans. Sur le moment, on en parle surtout en termes d’organisation (qui récupère à la crèche, qui garde le mercredi), et l’argent arrive après, quand les décisions sont déjà prises.

Je pense que ce choix doit être compensé par le couple, parce qu’il est fait pour le couple. Et la compensation ne s’arrête pas au salaire du mois : il y a aussi la retraite, qu’on oublie presque toujours, alors que c’est elle qui coûte le plus cher sur la durée à celui qui a réduit.

Comment compenser un temps partiel dans le couple ?

Le plus simple, c’est de revoir la répartition des dépenses communes pour que celui qui a réduit ne perde pas en niveau de vie : passer au prorata recalculé, viser le même reste à vivre pour chacun, ou tout mettre en commun. Et je compléterais avec une épargne au nom de celui qui a réduit, pour compenser l’effet sur sa retraite.

Combien ça coûte vraiment

Avant de parler de compensation, je ferais le calcul, parce qu’on a souvent une idée floue de la baisse. Sur un forum, une personne l’avouait : « En étant à 80 % pendant 2-3 ans je n’ai aucune idée de la baisse ».

Prenons Clara et Mehdi. Clara gagne 2 400€ nets, Mehdi 2 600€. Clara passe à 80 % pendant trois ans pour leur premier enfant. Elle perd environ 480€ par mois, un peu plus de 17 000€ sur les trois ans. Ce n’est pas une petite somme, et si rien ne change dans leur partage des dépenses, c’est elle qui l’absorbe entièrement.

Il y a parfois une aide de la Caf qui adoucit un peu, la prestation partagée d’éducation de l’enfant (PreParE). D’après Service Public, elle tourne autour de 300€ par mois pour un temps partiel à 50 % ou moins, et autour de 170€ entre 50 et 80 %. Mais pour un premier enfant, elle ne dure que six mois par parent, dans la limite du premier anniversaire. Pour un passage à 80 % de trois ans, elle ne couvre donc qu’une petite partie de la période.

Revoir le partage des dépenses

Si vous partagiez au 50/50, je pense que c’est le moment de changer. Celui qui a réduit continuerait de payer autant avec moins de salaire, alors qu’il passe plus de temps à s’occuper de votre enfant. Ça ne me paraît pas tenable, et ça crée du ressentiment.

Trois options me semblent raisonnables. La première, c’est de recalculer le prorata avec le nouveau salaire : Clara gagne maintenant 1 920€ et Mehdi 2 600€, donc elle paie environ 42 % des dépenses communes au lieu de 48 %. La deuxième, c’est le « même reste à vivre » : après les dépenses communes, chacun garde la même somme pour lui. Quelqu’un dans une discussion le décrivait comme ça : « les deux membres du couple finissent avec le même reste à vivre ». La troisième, c’est le tout en commun, où la question ne se pose même plus.

Chez nous, on a tout en commun (j’explique pourquoi ici), et je trouve que c’est dans ces moments-là que ce choix montre son intérêt : une baisse de salaire de l’un touche les deux pareil, sans calcul. Mais le prorata recalculé fonctionne aussi très bien si vous tenez à garder chacun votre argent. Les trois façons de partager sont détaillées dans le pilier sur le partage des dépenses.

La retraite, celle qu’on oublie

C’est la partie qu’on oublie le plus souvent, et elle mérite qu’on s’y arrête.

Bonne nouvelle d’abord : à 80 % avec un salaire correct, on ne perd en général pas de trimestres. D’après Service Public, un trimestre est validé dès qu’on a cotisé sur 150 heures payées au Smic, soit 1 803€ de salaire brut en 2026, et la plupart des temps partiels dépassent largement ce seuil. Ce qui baisse, c’est surtout le montant des cotisations, donc à terme celui de la pension, puisqu’il dépend des salaires sur lesquels on a cotisé.

Pour le congé parental, Service Public précise que dans le privé, un congé à temps plein donne droit à une majoration de la durée d’assurance égale à sa durée. Mais un congé parental à temps partiel ne donne pas droit à cette majoration. Il existe aussi l’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF), qui peut valider des trimestres gratuitement pour un parent qui a arrêté ou réduit son activité, sous conditions (percevoir certaines prestations de la Caf, comme la PreParE, et ne pas dépasser un plafond de ressources). La Caf affilie automatiquement ceux qui y ont droit.

Il y a enfin une possibilité méconnue : d’après La finance pour tous, un salarié à temps partiel peut cotiser pour sa retraite sur la base d’un salaire à temps plein, mais ça suppose l’accord de l’employeur. C’est une question à poser au moment où on négocie son temps partiel, plutôt qu’après.

Compenser la retraite à deux

Moi, je compléterais la compensation du quotidien par une compensation pour l’avenir. Le plus simple, c’est une épargne au nom de celui qui a réduit, alimentée chaque mois par un virement automatique, pris sur le budget du couple. Dans l’exemple de Clara et Mehdi, 80 à 100€ par mois pendant trois ans, ça fait entre 2 900 et 3 600€ qui restent à Clara, quoi qu’il arrive.

Pourquoi à son nom ? Parce que si le couple se sépare un jour, c’est elle qui aura une retraite plus basse, pas le couple. Je sais que ce n’est pas agréable d’y penser quand on vient d’avoir un enfant, mais c’est justement pour ça qu’il vaut mieux le régler à froid. Pour les couples non mariés, la question est encore plus importante, parce que le conjoint qui a réduit est encore moins protégé (j’en parle dans l’article sur l’union libre).

Et si c’est un choix personnel ?

Dans les discussions, une objection revenait : « quand c’est un choix perso de ne bosser que mi-temps, je trouve que c’est gênant ». Je la comprends. Si l’un réduit son temps pour un projet qui ne concerne que lui, la question de la compensation se pose différemment, et c’est à vous deux d’en discuter.

Mais pour un enfant, je ne vois pas bien comment ce serait un choix personnel. Un jeune père le disait simplement dans une discussion : « il est normal que je la compense puisque c’est aussi mon enfant ». L’enfant est à deux, le temps passé avec lui aussi, et il me paraît normal que le coût soit partagé. C’est d’ailleurs la même logique que la question du travail à la maison, qui se pose souvent en même temps.

Dans les 3 comptes

Concrètement, avec la méthode des 3 comptes, le changement se fait surtout sur les virements. Le compte commun des prélèvements et celui de la vie courante reçoivent les nouvelles contributions, recalculées dès le premier mois de temps partiel. Chacun garde un compte plaisir, avec le même montant si vous avez choisi le même reste à vivre. Et un virement en plus part vers l’épargne retraite de celui qui a réduit.

Je referais le point quand le temps partiel s’arrête, parce que les salaires changent à nouveau, et parce qu’un deuxième enfant peut tout relancer. Les frais des enfants dans le couple méritent aussi qu’on s’y arrête à ce moment-là.

Sources