Imprévus et dettes

Dépenses annuelles : la liste qu'on oublie, et où ranger l'argent

Il y a un moment de l’année où beaucoup de budgets qui tenaient très bien se mettent à craquer, et la cause est rarement un vrai coup dur : c’est la taxe foncière en octobre, l’assurance auto payée en une fois, les pneus à changer, le véto pour le chat, puis Noël qui arrive derrière. Chaque fois, on a l’impression d’un imprévu, alors que la plupart de ces dépenses reviennent tous les ans.

Pour moi, la réponse tient en trois gestes : faire la liste une bonne fois, diviser le total par douze, et mettre cet argent de côté chaque mois au bon endroit. Et le bon endroit dépend d’une seule question, celle de la façon dont la dépense sera payée. Si elle sera prélevée, la provision va sur le compte Prélèvements fixes. Si tu la paieras par carte plus tard dans l’année, elle va sur une épargne à part.

Comment provisionner les dépenses annuelles ?

Liste tout ce qui revient une fois par an ou moins (taxe foncière, assurances, entretien de la voiture, véto, cadeaux, vacances), additionne et divise par douze. Vire ce montant chaque mois : sur ton compte de prélèvements pour ce qui sera prélevé, sur une épargne dédiée pour ce que tu paieras par carte. Quand la dépense tombe, l’argent est déjà là.

La liste qu’on oublie

Je crois que le plus dur, c’est de faire la liste. Une fois qu’on l’a, le reste est du calcul. Le problème, c’est que ces dépenses sont justement celles qui ne passent pas tous les mois sur le relevé, donc on ne les voit pas quand on prépare son budget.

En lisant des discussions sur des forums de finances perso, j’ai été frappé de voir à quel point les gens confondent ces dépenses avec des imprévus. Quelqu’un qui partageait son budget mensuel se faisait reprendre par un commentaire tout simple, « pense aussi aux dépenses annuelles », et c’était souvent la remarque la plus utile du fil.

Voilà ce que je mettrais dans la liste, rangé par façon de payer, parce que c’est ce qui décidera où va l’argent.

Ce qui est en général prélevé, d’abord. La taxe foncière si tu es propriétaire et que tu ne l’as pas mensualisée, les assurances payées à l’année (auto, habitation), la régularisation d’électricité ou de gaz quand l’échéancier était trop bas, la cotisation de la carte bancaire si ta banque la prélève une fois par an, un abonnement annuel de transport. (La taxe d’habitation sur la résidence principale, elle, a disparu depuis 2023, donc une ligne de moins à prévoir pour la plupart des gens.)

Ce qui se paie le plus souvent par carte, ensuite. L’entretien de la voiture (révision, pneus, contrôle technique), le véto et les vaccins des animaux, les lunettes, les vêtements d’hiver, la rentrée des enfants, les cadeaux de Noël et d’anniversaire, les vacances. Et ce qui s’use doucement : le lave-linge, le téléphone, le matelas.

Dans une discussion sur l’argent dans le couple, quelqu’un expliquait provisionner tout ça sur un livret, poste par poste, avec cette phrase que j’aime bien : « il faut mettre 8,33€/mois sur ce livret pour espérer changer notre matelas ». C’est exactement l’idée. Un matelas à 100€ tous les ans, ça ne fait pas peur, et lissé sur douze mois, ça fait 8,33€.

Usure ou imprévu : la différence qui protège ton épargne

Je fais une distinction qui me paraît importante. Une panne de voiture qui tombe sans prévenir, un dégât des eaux, une facture de santé inattendue, ce sont des imprévus, et c’est le rôle de l’épargne de précaution. Des pneus qui s’usent ou un lave-linge qui a dix ans, c’est de l’usure. On ne connaît pas la date exacte, mais on sait que ça viendra.

Si tu ne fais pas cette différence, ton épargne de précaution sert à tout, et elle ne remonte jamais. C’est d’ailleurs une plainte qui revient souvent : « je pioche dans mon épargne » pour les vacances ou les cadeaux. Du coup, le jour où arrive un vrai coup dur, il n’y a plus rien. J’en parle plus en détail dans comment gérer un imprévu sans exploser son budget, et pour la voiture et l’électroménager dans cet article sur les pannes.

Où ranger la provision

C’est là que la méthode des 3 comptes aide, parce qu’elle tranche toute seule. La frontière entre les comptes, c’est le moyen de paiement, et ça vaut aussi pour la provision.

Ce qui sera prélevé reste sur le compte Prélèvements fixes. Tu ajoutes le douzième de ces dépenses au virement mensuel vers ce compte, et tu laisses l’argent s’accumuler. Quand l’assurance ou la taxe foncière tombe, le prélèvement passe sans rien faire. Le seul piège, c’est que le solde grossit pendant des mois et donne l’impression d’avoir du rab. Ce rab, c’est la taxe foncière d’octobre, donc je n’y toucherais pas (un petit tableau qui dit « dont provision : 640€ » aide à ne pas l’oublier).

Ce qui se paiera par carte va sur une épargne à part : un livret ou un compte d’épargne, avec un virement automatique chaque mois. Quand la dépense arrive, tu vires le montant vers le compte dont la carte va payer : Vie courante pour les pneus ou le véto, Plaisir pour les vacances. Je préfère ne pas laisser cet argent sur le compte du quotidien, parce qu’à force de le voir, on finit par le dépenser en courses.

Une remarque pour la taxe foncière : tu peux aussi la mensualiser auprès des impôts, et elle devient un prélèvement mensuel de plus, sans provision à gérer. Pour l’année en cours, l’adhésion se fait avant le 30 juin, mais si tu t’inscris avant le 15 décembre, les dix prélèvements démarrent en janvier suivant. Pour les assurances, payer à l’année coûte souvent moins cher que de payer au mois, j’explique pourquoi ici, et la provision est justement ce qui rend le paiement en une fois indolore.

Un exemple avec des chiffres

Prenons Julie, propriétaire d’un petit appartement, avec une voiture et un chat. Ses dépenses prélevées une fois par an : taxe foncière 900€, assurance auto 540€, et elle prévoit 240€ pour la régularisation d’énergie. Ça fait 1 680€, soit 140€ par mois à ajouter à son virement vers le compte Prélèvements fixes.

Ses dépenses par carte : entretien de la voiture et pneus 400€, véto 200€, lunettes 120€, cadeaux de Noël et d’anniversaire 480€. Ça fait 1 200€, soit 100€ par mois vers son livret.

240€ par mois au total, ça peut paraître beaucoup. Mais Julie dépensait déjà ces 2 880€ chaque année, simplement en plusieurs gros coups, et c’étaient eux qui la mettaient à découvert. Si 240€ par mois ne passe pas, c’est une information utile : son budget mensuel était trop optimiste, et il vaut mieux le voir maintenant qu’en octobre. Si le budget est trop serré pour tout couvrir d’un coup, je commencerais par les dépenses prélevées, celles qui provoquent des frais quand le compte ne suit pas, et j’ajouterais le reste petit à petit.

Le moment où ça devient reposant

La première année, la liste est un peu fastidieuse et on oublie forcément une ligne (moi, je parierais sur le contrôle technique). Ce n’est pas grave, on l’ajoute quand elle tombe, et l’année d’après la liste est complète.

Ce que je trouve agréable, c’est la suite. Une fois en place, octobre redevient un mois comme les autres, et quand le véto annonce 180€, tu ne te demandes plus d’où va venir l’argent, tu fais un virement. Si tu veux vérifier que rien ne manque dans tes charges, ce guide pour comprendre son budget reprend tout depuis le début.

Sources