Tu poses tes cartons chez l’autre, et assez vite une question gênante arrive : est-ce que tu dois payer quelque chose, et quoi ? Rien, ça paraît injuste pour celui qui rembourse le crédit, et la moitié de la mensualité, ça paraît bizarre quand l’appartement n’est pas à toi. Je trouve que c’est une des situations de couple où on improvise le plus, alors qu’elle mérite dix minutes de vraie discussion.
Ma position est simple : celui qui n’est pas propriétaire participe à ce qui fait vivre le logement, pas à ce qui le paie. Les charges, l’énergie, internet et les courses, oui. Le capital du crédit, non, sauf si on décide ensemble d’en faire autre chose (on y revient plus bas).
Faut-il payer un loyer quand on emménage chez son conjoint propriétaire ?
Il n’y a aucune obligation de payer un loyer. En union libre, la loi ne prévoit rien entre les deux, c’est à toi et à ton conjoint de vous mettre d’accord. Une fois pacsés ou mariés, chacun doit contribuer aux charges du ménage selon ses moyens. Mais ça ne veut pas dire payer un loyer à l’autre, ni rembourser son crédit.
Pourquoi le crédit est un cas à part
Le crédit immobilier, c’est un drôle de poste. Une partie de chaque mensualité, ce sont des intérêts (de l’argent qui part à la banque, un peu comme un loyer). L’autre partie, c’est du capital, autrement dit de la propriété qui s’accumule. Et cette propriété-là, elle reste à celui dont le nom est sur l’acte.
C’est le point que beaucoup de couples découvrent trop tard. En union libre, celui qui n’est pas propriétaire n’a aucun droit sur le logement, et à la séparation chacun reprend ses biens personnels. Du coup, si tu as payé la moitié du crédit pendant cinq ans, rien ne garantit que tu récupères quoi que ce soit. Même si tu avais l’impression d’investir dans « notre » appartement. Le Pacs ne change pas ça non plus : depuis 2007, le régime par défaut est la séparation des biens, donc ce que l’un possède seul reste à lui.
Le mariage protège un peu plus, mais sur un point précis. Un époux ne peut pas vendre seul le logement de la famille, même s’il en est l’unique propriétaire. Ça protège le fait d’y habiter, pas la propriété elle-même. J’en parle plus en détail dans ce que le Pacs ou le mariage changent pour ton budget.
Ce que je mettrais en commun, et ce que je laisserais
Pour moi, le partage se fait en trois paquets.
Le premier, c’est ce qui fait vivre la maison : l’électricité, le chauffage, l’eau, internet, les courses, les petits achats pour l’appartement. Ça, c’est du commun, et ça se partage comme dans n’importe quel couple (moitié-moitié ou au prorata des revenus, les deux se défendent).
Le deuxième, c’est ce qui reste au propriétaire : le capital du crédit, la taxe foncière, les gros travaux qui valorisent le bien. Ça, c’est son patrimoine, donc c’est à lui (et honnêtement, c’est plus sain pour tout le monde).
Le troisième, c’est la zone grise, et c’est là qu’il faut parler. L’assurance habitation, les intérêts du crédit, les charges de copropriété, la décoration un peu chère, la cuisine qu’on refait « pour nous ». Je n’ai pas de règle universelle. Je pense juste qu’il vaut mieux trancher chaque ligne une fois, au calme, que découvrir dans deux ans qu’on ne voyait pas les choses pareil.
Et si l’autre veut quand même une participation au logement ?
C’est légitime. Le propriétaire supporte un coût que l’autre n’a plus (il ne paie plus de loyer ailleurs). Et ça peut créer un vrai déséquilibre, surtout si les revenus sont proches.
Dans ce cas, je verrais deux solutions. La première, c’est une participation « façon loyer » : un montant fixe, bien en dessous d’un loyer du marché, qui couvre les intérêts et les charges plutôt que le capital. L’idée, c’est que celui qui n’est pas propriétaire paie pour habiter, pas pour enrichir l’autre. La seconde, si l’idée est vraiment de construire quelque chose à deux, c’est de passer par un notaire pour que celui qui paie une part du crédit devienne propriétaire d’une part du logement. C’est plus lourd, mais l’argent versé correspond enfin à quelque chose sur le papier (c’est le même raisonnement que pour acheter un logement à deux sans être mariés).
Ce que j’éviterais, c’est le milieu flou : verser « un peu au crédit » chaque mois, sans trace ni accord, en se disant qu’on verra plus tard. Plus tard, en cas de séparation, c’est exactement là que ça coince.
Un exemple avec des chiffres
Léa est propriétaire, avec un crédit à 900€ par mois, dont environ 300€ d’intérêts et d’assurance emprunteur. Thomas emménage. Ils gagnent à peu près pareil.
Ils mettent en commun l’énergie, internet et les courses, soit 650€ par mois, moitié-moitié. Pour le logement lui-même, Thomas verse 250€ par mois à Léa, qui couvrent à peu près sa part des intérêts et des charges de copropriété. Le capital et la taxe foncière restent à Léa.
Thomas paie moins que son ancien loyer, Léa ne porte plus tout seule, et personne ne paie la propriété de l’autre sans le savoir. Ce n’est pas la seule façon de faire, mais c’est clair, et je pense que c’est ce qui compte le plus.
Dans les 3 comptes
Concrètement, la participation de Thomas arrive sur le compte Prélèvements fixes de Léa par un virement permanent, comme n’importe quelle charge prévue. Les dépenses communes passent par un compte joint alimenté chaque mois, selon le partage choisi (j’ai détaillé comment alimenter un compte joint automatiquement). Et chacun garde ses trois comptes à côté, avec son propre budget Plaisir.
Le jour où tu emménages, l’envie de ne pas parler argent est forte (c’est censé être un moment sympa). Mais les premiers mois à deux sont justement ceux où les habitudes se prennent. Une règle posée au début coûte beaucoup moins cher qu’une rancœur qui s’installe. Et si tu n’es ni pacsé ni marié, jette aussi un œil à ce que l’union libre protège, et ce qu’elle ne protège pas.
Sources
- Conséquences du concubinage (union libre), Service-Public.fr
- Séparation des concubins, Service-Public.fr
- Mariage, Pacs ou concubinage (union libre) : quelles différences ?, Service-Public.fr
- Effets d’un Pacs, Service-Public.fr