Imprévus et dettes

Arrêt maladie : ce que tu touches vraiment, et comment tenir le budget

Quand on tombe malade, la dernière chose dont on a envie, c’est de faire des calculs. Et pourtant, un arrêt de travail a presque toujours un effet sur la fiche de paie. Beaucoup de gens le découvrent le mois suivant, quand le salaire arrive plus léger que prévu. Ce n’est pas le moment idéal pour une mauvaise surprise.

Pour un salarié du privé, la règle de base est assez simple, même si les détails varient. La Sécurité sociale ne verse rien les trois premiers jours, puis environ la moitié du salaire brut, dans la limite d’un plafond. L’employeur complète si tu as au moins un an d’ancienneté, à partir du huitième jour, sauf si ta convention collective prévoit mieux (ce qui est fréquent). Du coup, un arrêt court peut coûter plus cher qu’on ne le pense, et un arrêt long change complètement la donne.

Combien on touche pendant un arrêt maladie ?

La Sécurité sociale verse des indemnités journalières égales à 50% de ton salaire journalier de base, calculé sur tes trois derniers salaires bruts, plafonnés à 1,4 fois le Smic. Rien n’est versé les trois premiers jours. L’employeur complète ensuite selon ton ancienneté et ta convention collective.

Ce que verse la Sécu

Les indemnités journalières correspondent à la moitié de ton salaire brut moyen des trois derniers mois, ramené à la journée. Elles sont plafonnées, puisque le salaire pris en compte ne peut pas dépasser 1,4 fois le Smic. Pour un arrêt prescrit depuis juillet 2026, ça fait au maximum 42,97€ bruts par jour. Si tu gagnes plus que ce plafond, la part qui dépasse n’est tout simplement pas couverte par la Sécu.

Deux détails comptent pour le budget. D’abord, ces indemnités sont versées tous les 14 jours en moyenne, une fois le dossier traité. L’argent n’arrive donc pas forcément au même rythme que ton salaire. Ensuite, la CSG et la CRDS sont prélevées dessus, ce qui veut dire que le montant net est un peu plus bas que le brut. Et si ton employeur pratique la subrogation, c’est lui qui touche les indemnités et qui te les reverse avec ton salaire, ce qui simplifie beaucoup les choses.

Ce que complète l’employeur

C’est là que les situations divergent le plus. Le Code du travail prévoit un complément de l’employeur si tu as au moins un an d’ancienneté, et si tu as envoyé ton arrêt dans les 48 heures. Il démarre en principe au huitième jour d’arrêt. Avec un à cinq ans d’ancienneté, tu touches alors 90% de ta rémunération brute pendant 30 jours (indemnités de la Sécu comprises). Puis les deux tiers pendant 30 jours de plus. Ces durées augmentent ensuite avec l’ancienneté.

Mais beaucoup de conventions collectives et d’accords d’entreprise font mieux, parfois avec un maintien complet du salaire dès le premier jour. Honnêtement, c’est la première chose que je vérifierais, en regardant ma convention collective ou en posant la question au service paie. Ça change tout le calcul.

Un arrêt court, c’est souvent le plus mal compensé

C’est contre-intuitif, mais un arrêt de quelques jours peut proportionnellement coûter plus cher qu’un arrêt long. Les trois jours de carence de la Sécu, et les sept jours avant le complément légal de l’employeur, pèsent lourd sur dix jours.

Prenons Yanis, en CDI depuis huit mois, sans convention plus favorable, arrêté dix jours. Il n’a pas encore un an d’ancienneté, donc son employeur ne complète pas. La Sécu lui verse sept jours d’indemnités à environ la moitié de son salaire. Ça fait à peu près trois jours et demi de salaire sur les dix. Il lui manque donc environ les deux tiers de ce qu’il aurait gagné sur cette période, et ça se verra sur la paie suivante.

Je ne dis pas ça pour faire peur. Ça veut juste dire qu’un arrêt de dix jours peut enlever une somme qui ressemble à un gros imprévu. Autant le savoir avant de découvrir la fiche de paie.

Où absorber le trou

Avec la méthode des 3 comptes, je raisonnerais en fonction de la taille du trou.

Si la baisse est modeste, je la ferais absorber par le compte Plaisir du mois suivant. C’est exactement son rôle de variable d’ajustement, et pendant un arrêt, on sort de toute façon moins. Je ne toucherais pas au compte Prélèvements fixes, qui doit rester plein pour que le loyer et les factures passent. Ni à la Vie courante, parce qu’être malade ne fait pas baisser les courses (parfois même au contraire, avec la pharmacie).

Si le trou dépasse ce que le Plaisir peut absorber, c’est le moment de puiser dans l’épargne de précaution, sans culpabiliser. Un arrêt maladie, c’est l’exemple même du coup dur qu’elle doit couvrir. Je noterais simplement le montant pris, pour le remettre une fois la situation revenue à la normale.

Et si l’arrêt dure et que tu n’as pas de réserve, je referais les virements du mois avec le revenu réel, pas avec le salaire habituel. Il vaut mieux baisser franchement le Plaisir pendant deux mois que de laisser le compte Vie courante passer dans le rouge. Si une facture ne passe plus, un échéancier se demande, et pour le loyer, voici quoi faire dans l’ordre.

Les protections qu’on oublie

Avant de tout prendre sur soi, je vérifierais deux contrats. La prévoyance d’entreprise, d’abord, quand il y en a une. Elle complète parfois les indemnités pour les arrêts longs, et le service paie sait te dire ce qu’elle couvre. L’assurance emprunteur, ensuite, si tu as un crédit immobilier. La plupart des contrats ont une garantie en cas d’arrêt de travail, souvent avec un délai avant qu’elle ne joue, et c’est ton contrat qui dit lequel.

Si tu es indépendant, les règles sont différentes et souvent moins favorables, j’en parle dans un article dédié. Et si c’est ton ou ta partenaire qui est arrêté longtemps, la question du partage des dépenses se pose aussi, comme quand l’un des deux perd ses revenus.

Sources