Quand un salaire disparaît dans un couple, il y a le trou dans le budget, et il y a tout ce qu’on n’ose pas dire. Celui qui gagne encore ne sait pas trop comment proposer de payer plus, et celui qui ne gagne plus rien se sent vite redevable.
À mon avis, la règle qui marche le mieux, c’est de passer temporairement en pot commun : les dépenses communes sont payées par le foyer, pas par celui qui a encore un salaire. Et le vrai sujet n’est même pas comptable, c’est de garder à chacun de l’argent à lui.
Qui paie quoi quand l’un des deux n’a plus de revenus ?
Le foyer paie les dépenses communes avec ce qui reste, point. La répartition moitié-moitié n’a plus de sens, et le prorata non plus quand un des deux revenus tombe à zéro. Ce qui compte en priorité, c’est que chacun garde un petit montant à lui, pour que la personne sans revenu n’ait pas à demander pour chaque dépense.
Après, la façon de s’organiser dépend beaucoup de la situation et de sa durée.
D’abord, combien de temps et combien exactement
Avant de réorganiser quoi que ce soit, je poserais deux chiffres, à deux.
Le premier, c’est le nouveau revenu du foyer. Un chômage indemnisé, un congé parental, un arrêt maladie ou une indemnité journalière ne remplacent jamais tout le salaire. En plus, ils arrivent souvent avec un décalage de plusieurs semaines. Et c’est ce décalage qui fait le plus de dégâts, parce que les charges, elles, ne se décalent pas.
Le second, c’est la durée prévisible. Deux mois, six mois ou un an, ce n’est pas du tout la même réponse. Pour une période courte, la réserve de précaution suffit souvent. Pour une période longue, il faut baisser des charges fixes, et le plus tôt est le mieux.
Ensuite, fais le calcul de ce qui sort chaque mois, en distinguant ce qui est vraiment incompressible du reste.
Le foyer paie, pas la personne
Tant que les revenus sont proches, on peut discuter du modèle de partage. Quand l’un tombe à zéro, je trouve que la question est tranchée : les dépenses communes sont payées avec ce qui reste dans le foyer.
Concrètement, le salaire restant alimente le compte qui porte les charges communes, et ce qui reste est partagé. Pour moi, c’est la logique même du couple (même logement, même frigo), rien à voir avec de la générosité. D’ailleurs, pour les couples mariés et pacsés, la loi prévoit une contribution proportionnelle aux moyens de chacun. Quand les moyens de l’un sont nuls, ça revient donc à ce que l’autre assume.
Garder de l’argent à soi, le point le plus important
Pour moi, c’est ce qui fait la différence entre une période difficile et une période humiliante.
Si la personne sans revenu doit demander pour chaque café, chaque cadeau ou chaque dépense perso, la relation se déséquilibre très vite. Même quand le budget est serré, je prévoirais un montant, même petit, dont chacun dispose librement et sans rendre de comptes.
C’est exactement le rôle du compte plaisir, et c’est le moment où il devient le plus utile, pas le moins. Le réduire, oui, mais le supprimer pour l’un des deux, non.
Baisser les charges, dans le bon ordre
En premier, ce qui se renégocie ou se suspend vite : abonnements pas essentiels, forfaits, assurances en doublon, salle de sport. Les charges fixes sont le seul levier qui produise un effet tous les mois sans effort, du coup c’est par là que je commencerais.
Ensuite, ce qui se décale. Beaucoup de créanciers acceptent un report ou un étalement si on les prévient avant l’impayé, y compris les impôts et les fournisseurs d’énergie (voici comment demander un échéancier).
Puis ce qui se vérifie, c’est-à-dire les aides. Un changement de situation ouvre parfois des droits qu’on n’avait pas avant, et les organismes ne les attribuent pas d’office. Prime d’activité, aides au logement, aides du CCAS de la commune, tarifs sociaux de l’énergie : une simulation prend vingt minutes.
Et en dernier, le crédit. Réemprunter pour tenir pendant une baisse de revenus, ça aggrave la situation d’après.
Ce que j’éviterais
Tenir des comptes entre les deux, déjà. Noter ce que l’un « doit » à l’autre pendant cette période crée une dette morale qui ressortira plus tard, souvent pendant une dispute sur tout autre chose.
Attendre que ça reparte, aussi. Les trois premiers mois sont ceux où il y a le plus de marge de manœuvre : la réserve est encore pleine, les créanciers sont compréhensifs, et il y a des droits à faire valoir. C’est donc le pire moment pour ne rien faire.
Vider la réserve sans rien changer, ensuite. Une réserve de précaution sert à absorber le choc, pas à financer six mois de train de vie inchangé, elle se pilote en même temps qu’on réduit les charges.
Et cacher la situation à l’autre. Ça paraît évident, et pourtant c’est fréquent quand la perte de revenus s’accompagne de honte. Honnêtement, le silence coûte toujours plus cher que la conversation.
Quand ça dure
Si la période s’étire, deux choses m’aideraient.
La première, c’est de revoir la répartition plutôt que de la subir. Quand un revenu revient, même partiel, je remettrais à plat la contribution de chacun au lieu de reprendre l’ancien système par automatisme (les trois modèles de partage sont comparés ici).
La seconde, c’est d’accepter de l’aide si elle est proposée. Un coup de main d’un proche, avec un montant et une échéance clairs, vaut mieux qu’un crédit à la consommation. Ça se demande proprement, et ça se rembourse.
Et si la situation impose de quitter le logement ou de réduire fortement les charges, je pense que c’est une décision qui se prend beaucoup mieux tôt que tard. Retourner vivre chez ses parents, par exemple, reste le levier le plus puissant qui existe, même si c’est aussi le plus inconfortable à envisager.