Quand tu es salarié, ta mutuelle apparaît sur ta fiche de paie comme une petite ligne, et tu n’y penses jamais. C’est normal : dans le privé, ton employeur a l’obligation d’en financer au moins la moitié, souvent plus, et la partie qui te reste est prélevée automatiquement avant même que l’argent arrive sur ton compte.
Le jour où tu deviens indépendant, cette ligne ne disparaît pas. Elle change juste de payeur, et le payeur, c’est toi, en totalité.
C’est un des postes que je regarde le plus attentivement depuis que je suis freelance, et c’est aussi celui dont on parle le moins quand on donne des conseils sur la vie d’indépendant.
Les contrats que j’ai, et pourquoi
Chez nous, il n’y a rien d’exotique. L’habitation, l’auto, une mutuelle liée à mon statut d’indépendant, une prévoyance, et une assurance vie à 3,50€ par mois. Pas de doublons, des contrats simples, tous chez le même assureur.
Ce choix du même assureur pour tout, je l’assume complètement, alors qu’il n’est probablement pas optimal. Je perds sans doute une cinquantaine d’euros par an à ne pas éclater mes contrats chez les moins-disants. En échange, j’ai un seul interlocuteur le jour où quelque chose se passe mal, et c’est un arbitrage que je fais souvent.
Ce que je n’ai pas : d’assurance pour mon téléphone. Je préfère faire attention, mettre une coque, et payer si je le casse. Sur la durée, je suis certain d’économiser plus que les 100 à 150€ annuels d’un contrat. Le principe est toujours le même : on assure ce qu’on ne pourrait pas absorber, pas ce qui est simplement désagréable.
La prévoyance, la ligne qu’on saute
C’est le point sur lequel je voudrais insister, parce que c’est celui qu’on oublie et c’est le seul qui soit réellement grave.
La mutuelle, tout le monde y pense, parce que le trou se voit dès le premier rendez-vous médical. La prévoyance, non, parce qu’elle ne sert jamais tant que tout va bien. Elle couvre l’arrêt de travail, l’invalidité, ce genre de situations dont on ne veut pas envisager qu’elles nous arrivent.
Quand tu es salarié, tu as un socle, complété par ton employeur (j’ai détaillé ce que touche un salarié en arrêt maladie). Quand tu es indépendant, ce socle est nettement plus mince et plus lent à se déclencher : les indemnités journalières de l’Assurance maladie demandent au moins 12 mois d’affiliation, ne sont versées qu’après 3 jours de carence, et sont calculées sur la moyenne de tes revenus des trois dernières années. Un arrêt long sans prévoyance, pour quelqu’un dont le revenu s’arrête en même temps que l’activité, c’est une catastrophe financière.
Je sais de quoi je parle, indirectement. On s’est retrouvés à zéro de revenu avec ma femme, après une démission suivie de sa maladie, et on a mis un an à s’en remettre. Le mécanisme d’un revenu qui s’arrête brutalement pendant que les charges continuent, je l’ai vu de près, et je ne le souhaite à personne.
La prévoyance, c’est exactement l’assurance qui répond au critère “je ne pourrais pas absorber ça”. C’est pour ça qu’elle n’est pas négociable.
Où ça se range
Tout ça va sur le compte des prélèvements fixes, sans discussion. C’est mensuel, c’est contractuel, ça part tout seul.
Le point important n’est pas le rangement, c’est le calcul en amont. Quand tu es indépendant, ce qui arrive sur ton compte n’est pas ton revenu. Il faut en sortir la part fiscale et sociale, et il faut en sortir ces couvertures. Ce qui reste après, c’est ce sur quoi tu construis ton budget.
Faire l’inverse, c’est-à-dire budgéter sur ce qui rentre puis payer les charges avec ce qui reste, c’est le piège classique de l’indépendance, et c’est la même erreur que de raisonner sur un revenu brut. L’argent qui est déjà affecté ne doit jamais rester à portée de main.
Le décalage qui trompe
Il y a un deuxième piège, plus discret, et il concerne la trésorerie.
Les frais médicaux, tu les avances. Tu paies le spécialiste, la sécurité sociale rembourse une partie, la mutuelle complète après, parfois trois semaines plus tard. Sur un mois avec des soins pour toute la famille, tu peux avoir plusieurs centaines d’euros dehors.
C’est précisément pour ça que mon découvert autorisé n’est pas le même sur les trois comptes : 500€ sur la vie courante, contre 300€ sur les prélèvements et zéro sur le plaisir. Ce n’est pas une rallonge de budget, c’est un tampon de trésorerie, et la distinction est capitale.
Ajoute à ça, quand tu es indépendant, le délai entre une facture émise et une facture payée, et tu comprends pourquoi ce qui compte pour piloter un budget n’est pas ce que tu as gagné mais ce qui est disponible.
Ce que je conseillerais à quelqu’un qui se lance
Trois choses, et aucune n’est une optimisation.
Chiffre le coût complet de ta couverture avant de te lancer, pas après. C’est un montant mensuel fixe qui vient réduire ton revenu disponible, et il vaut mieux le connaître au moment où tu construis tes tarifs.
Ne fais pas l’impasse sur la prévoyance pour économiser les premiers mois. C’est le moment où tu es le plus tenté, parce que la trésorerie est tendue, et c’est exactement le moment où tu es le plus exposé.
Et ne cherche pas à optimiser chaque contrat séparément. J’ai tout chez le même assureur, je sais que je pourrais faire mieux sur le papier, et je ne le fais pas parce que je connais le sort de ce qui demande une vigilance permanente chez moi : ça tient trois mois.
Sources
- Complémentaire santé d’entreprise (mutuelle), Service Public
- Arrêt maladie de l’indépendant : vos indemnités journalières, ameli.fr
- Indépendant : vos prestations santé, Urssaf