Imprévus et dettes

Rachat de crédits : quand ça aide, quand ça enfonce

Quand plusieurs crédits se chevauchent et que chaque fin de mois ressemble à un exercice d’équilibriste, la publicité pour le rachat de crédits tombe pile au bon moment. « Une seule mensualité, jusqu’à 60% de moins ». Sur le coup, ça ressemble à une bouée.

Mon avis, c’est que le rachat de crédits n’est presque jamais une économie. C’est un étalement : tu paies moins chaque mois, mais plus longtemps, et donc plus cher au total. Ça peut quand même être le bon choix, dans un cas précis, quand la mensualité actuelle t’empêche de tenir et que tu as réglé ce qui t’a fait empiler les crédits. Sinon, je pense que ça enfonce plus que ça n’aide.

Le rachat de crédits, est-ce que ça vaut le coup ?

Rarement côté coût. En regroupant tes crédits en un seul, plus long, tu baisses la mensualité mais tu paies plus d’intérêts au total, plus des frais. Ça vaut le coup quand la mensualité actuelle te fait plonger tous les mois et que tu ne reprendras pas de nouveau crédit derrière. C’est un outil pour respirer, pas pour économiser.

Comment ça marche, en vrai

Un organisme prêteur rembourse tous tes crédits en cours (crédits conso, crédit renouvelable, parfois le crédit immobilier) et te prête la somme en une fois. Tu n’as plus qu’un seul remboursement, généralement plus bas que la somme des anciens.

Le tour de passe-passe, c’est la durée. Pour faire baisser la mensualité, on étale le remboursement sur plus d’années. Et plus c’est long, plus tu paies d’intérêts. La finance pour tous, un organisme d’éducation financière, le dit assez franchement : quand on compare le coût restant des anciens crédits avec le coût du nouveau, frais compris, l’opération n’est que rarement intéressante sur le plan financier.

Une petite précision technique, parce qu’elle change les règles : si les crédits immobiliers représentent plus de 60% de ce qui est regroupé, le nouveau prêt est traité comme un crédit immobilier (avec un délai de réflexion de 10 jours avant de pouvoir accepter l’offre). En dessous, c’est un crédit à la consommation, avec 14 jours pour te rétracter après la signature.

Un exemple avec des chiffres

Zoé et Antoine ont trois crédits conso en cours : une voiture, un canapé et un crédit renouvelable. Ça fait 550€ par mois au total, pour encore deux ans environ, soit à peu près 13 200€ à rembourser.

On leur propose un regroupement sur cinq ans, à 245€ par mois. Sur le papier, ils gagnent 305€ par mois, et c’est énorme pour leur budget.

Mais sur cinq ans, ils vont rembourser 14 700€. Ajoute les frais de dossier, et l’opération leur coûte environ 1 500€ de plus que s’ils avaient tenu deux ans. Surtout, ils seront encore en train de rembourser le canapé dans cinq ans, alors qu’il aura peut-être déjà fini à la déchetterie.

Est-ce que c’est une mauvaise affaire ? Ça dépend. Si les 550€ les mettaient à découvert tous les mois, avec des agios et des commissions à la clé, payer 1 500€ pour en sortir peut se défendre. Si c’était juste serré mais tenable, je ne le ferais pas.

Les frais qu’on oublie

La mensualité affichée dans la pub ne dit pas tout. En plus des intérêts sur une durée plus longue, il peut y avoir des indemnités de remboursement anticipé sur les anciens crédits, des frais de dossier, une nouvelle assurance emprunteur, et des frais de garantie si le crédit immobilier est inclus.

La bonne nouvelle, c’est que la loi oblige le prêteur à te remettre, au plus tard avec l’offre, un document qui compare tes crédits actuels et le regroupement proposé : capital restant, taux, durées, mensualités et coût total, avec en bas le gain ou le surcoût. Honnêtement, c’est la seule ligne que je regarderais vraiment. Pas la mensualité, le coût total.

Le vrai risque : recommencer

C’est là que le rachat de crédits enfonce. Une fois la mensualité baissée, il y a de la marge sur le compte, et la tentation de la remplir avec un nouveau crédit (une réparation, un équipement, un « petit » 3x) est très forte. Au bout de deux ans, on se retrouve avec le regroupement plus deux nouveaux crédits, et cette fois, plus rien à regrouper.

Du coup, pour moi, un rachat de crédits n’a de sens que si tu as compris pourquoi tu as empilé les crédits au départ. Souvent, c’est l’absence de réserve pour les imprévus : chaque coup dur devient un crédit, faute d’autre solution. Si c’est ton cas, le regroupement ne règle rien tant que tu n’as pas commencé une épargne de précaution, même petite. J’en parle aussi dans sortir d’un crédit conso, parce que le mécanisme est le même.

Intermédiaires et arnaques

Beaucoup de rachats de crédits passent par des courtiers. C’est légal, à condition qu’ils soient inscrits au registre officiel des intermédiaires (l’Orias), et ils ne doivent rien te faire payer avant que les fonds soient effectivement versés. Pas de frais de dossier, pas de frais de recherche, rien.

Et c’est justement là que se glissent les arnaques. L’ABE Infoservice (le service d’information de la Banque de France et de l’autorité de contrôle des banques) alerte sur de faux rachats de crédit. De faux conseillers, qui se font passer pour un courtier connu ou une banque, proposent des conditions très avantageuses et poussent à décider vite. Ils font souscrire de nouveaux crédits à ton nom, te demandent de renvoyer l’argent sur un prétendu compte séquestre, et tes anciens crédits ne sont jamais remboursés. Tu te retrouves avec deux fois plus de dettes.

Ma règle serait simple : un interlocuteur qui demande de l’argent avant le déblocage, qui presse, ou qui t’a contacté sans que tu le demandes, je raccroche. Et je vérifie toujours en appelant la banque ou le courtier avec les coordonnées de leur site officiel, pas celles qu’on m’a données.

Quand le rachat ne suffit plus

Il y a des situations où aucun regroupement ne passera, parce que même étalées, les mensualités restent trop lourdes. Dans ce cas, je pense qu’il ne faut pas chercher un prêteur plus conciliant (c’est souvent là qu’on tombe sur les mauvais). Le dossier de surendettement auprès de la Banque de France est gratuit, et il existe exactement pour ça : la commission peut étaler, réduire, voire effacer une partie des dettes. Ça a des conséquences, notamment une inscription au fichier des incidents de crédit (j’explique ici ce que veut dire être fiché), mais c’est un cadre protecteur, pas une punition. Je détaille ici quand et comment déposer le dossier.

Dans les 3 comptes

Si tu fais un rachat de crédits, la nouvelle mensualité part du compte Prélèvements fixes, comme n’importe quel crédit. La question, c’est ce que tu fais des euros libérés. Moi, je ne les laisserais pas sur la vie courante, où ils fondraient sans qu’on sache où. J’en mettrais une bonne partie en épargne de précaution par un virement automatique dès le mois suivant, et le reste là où ça manquait vraiment.

Et si la cause, c’était un imprévu de trop, commence par la façon de gérer un imprévu sans exploser ton budget. C’est ce qui évite de retomber dans le même trou dans deux ans.

Sources