« 120€ de budget courses par mois, est-ce que ça vous paraît beaucoup ? » C’est la question qu’un homme seul posait sur un forum, parce que son entourage trouvait que c’était trop. Elle a reçu plus de 250 réponses, et ce qui m’a frappé en les lisant, c’est moins la variété des chiffres (de 150 à 500€ pour une personne seule, jusqu’à 1 200€ pour une famille de cinq) que le fait que personne ne parlait de la même chose.
Certains comptaient le shampoing et la lessive, d’autres non. Certains mettaient la cantine des enfants, d’autres les fast-foods, d’autres encore les commandes livrées. Du coup, je pense que la vraie question à se poser vient avant le chiffre : qu’est-ce que tu mets dans tes courses ? Une fois que c’est clair, le bon montant, c’est celui de tes trois derniers mois, ajusté, pas celui du voisin.
Combien dépenser en courses par mois ?
Il n’y a pas de montant normal, parce que tout dépend du nombre de personnes, de la ville et de ce qu’on met dedans. Comme repère, l’Insee estimait en 2017 que les ménages consacraient 15,6 % de leur budget à l’alimentation (hors alcool et tabac). Le plus fiable reste de partir de tes propres dépenses des trois derniers mois.
Pourquoi personne n’a le même chiffre
En fait, « budget courses » est une étiquette très floue. Dans la discussion, quelqu’un demandait « Tu comptes l’huile et les PQ? Le savon? Shampoing? Lessive etc.. », un autre estimait qu’un budget pour se nourrir « devrait inclure les courses ET les fast foods ». Avec des périmètres aussi différents, comparer les chiffres ne veut pas dire grand-chose.
Et puis il y a les vraies différences. Une famille avec deux ados ne mange pas comme une personne seule, et l’Insee note aussi que la part de l’alimentation est plus élevée à la campagne (17 % du budget) que dans l’agglomération parisienne (14 %). Les petites courses d’appoint à la supérette du coin coûtent aussi beaucoup plus cher que le drive du samedi, ce que plusieurs personnes faisaient remarquer.
Donc si ton entourage trouve ton chiffre trop haut ou trop bas, je ne m’en inquiéterais pas avant d’avoir vérifié qu’on parle de la même chose.
Ce que je mets dedans, et ce que je laisse dehors
Avec la méthode des 3 comptes, la question se règle presque toute seule, parce que chaque dépense a un compte, et donc une carte.
Sur le compte Vie courante, je mettrais tout ce qui s’achète au supermarché ou au marché pour faire tourner la maison : la nourriture, les boissons du quotidien, l’hygiène (dentifrice, shampoing, couches), l’entretien (lessive, éponges, sacs poubelle), et la nourriture des animaux. Ce sont des dépenses essentielles qui reviennent chaque semaine, et le solde de ce compte te dit en temps réel ce qu’il reste pour le mois.
Sur le compte Plaisir, je mettrais les restos, les fast-foods, les livraisons de repas et les apéros entre amis. On mange, d’accord, mais on aurait pu manger moins cher à la maison, et c’est un choix (un très bon choix parfois, je ne dis pas le contraire).
La cantine des enfants, elle, est souvent prélevée par la mairie ou l’école. Dans ce cas, elle passe par le compte Prélèvements fixes, parce que c’est le moyen de paiement qui décide, et elle ne compte pas dans le budget courses.
Le petit budget courses qui cache un gros budget livraison
C’est là que le périmètre devient intéressant. Quelqu’un qui dit dépenser 150€ de courses par mois peut très bien dépenser 250€ de plus en livraisons, sans jamais les additionner, parce que les deux ne sont pas rangés au même endroit dans sa tête.
Avec un compte Plaisir à part, ces commandes sont visibles. Elles mangent le budget des sorties et du shopping, et à un moment, tu te poses naturellement la question : est-ce que je préfère cette troisième livraison de la semaine ou le ciné de samedi ? Je ne trouve pas ça culpabilisant, au contraire, c’est juste un arbitrage. J’explique pourquoi voir le total des livraisons fait mal dans un autre article.
Trouver ton chiffre
Je partirais de la réalité plutôt que d’un objectif. Reprends les trois derniers mois, additionne ce qui correspond au périmètre Vie courante (supermarché, marché, pharmacie pour l’hygiène, animalerie), et divise par trois. Ça te donne ton point de départ.
Ensuite, j’ajouterais une petite marge, parce qu’un mois avec cinq samedis ou un anniversaire à la maison, ça arrive. Et je fixerais ce montant comme virement automatique vers le compte Vie courante en début de mois, avec l’essence et les autres essentiels qui passent par cette carte.
Le repère de l’Insee peut servir de garde-fou, pas de cible. Si tes courses dépassent largement un sixième de tes dépenses totales, ça vaut le coup de regarder de plus près. Si elles sont en dessous, tant mieux, du moment que tu manges correctement.
Prenons Camille et Hugo, sans enfant, en ville. Sur trois mois, leurs passages au supermarché, au marché et à la pharmacie font en moyenne 540€ par mois. Leurs livraisons et restos font 280€. Ils fixent 580€ par mois sur le compte Vie courante pour les courses (avec une marge de 40€), et les 280€ de restos et livraisons restent sur le Plaisir. S’ils veulent baisser quelque chose, ils savent maintenant que c’est d’abord les livraisons qui pèsent, pas les courses.
Et si tu veux faire baisser la facture
Les astuces qui revenaient le plus dans ces discussions étaient assez simples : faire ses courses à la semaine avec une liste (« en faisant mes courses à la semaine c’est plus facile de ne pas craquer »), passer par le drive pour ne pas être tenté, cuisiner en plus grande quantité, et éviter les petites courses d’appoint. Ça demande un peu plus d’organisation, et je comprends que tout le monde n’ait pas l’énergie de cuisiner tous les soirs.
Je baisserais le budget par paliers plutôt que d’un coup. Une personne dans la discussion conseillait d’ailleurs de ne pas être dur avec soi, en disant qu’on peut « réussir le troisième mois, c’est ok ». Je trouve que c’est le bon état d’esprit : baisser de 50€ et tenir vaut mieux que viser la moitié et abandonner au bout de deux semaines. Pour la façon dont on gère nos courses à la maison, j’ai écrit un article à part.
Et si le compte Vie courante déborde tous les mois malgré tout, le problème ne vient pas toujours des courses. Voici les causes à vérifier d’abord, dans l’ordre.
Sources
- Les comportements de consommation en 2017, Insee Première n° 1749