Quand j’ai quitté mon job pour monter ma première entreprise, tout était calculé.
J’allais toucher le chômage pendant que je lançais mon activité. Ma femme avait un CDI, donc on avait un revenu stable à côté. Il y avait deux mois d’attente avant les premiers versements, mais on avait prévu le coup. Ça allait passer.
Et puis ma femme est tombée malade. Quelque chose d’assez grave pour qu’elle ne puisse plus travailler. Du jour au lendemain, on s’est retrouvés à zéro. Pas de salaire, pas encore de chômage, et on savait que ça allait durer plusieurs mois.
Première réaction : la panique.
On avait presque rien de côté. On avait calculé “juste ce qu’il fallait”. Et juste ce qu’il fallait, ça ne laisse aucune marge pour l’imprévu.
Ce qu’on a fait
On a décidé de lâcher notre appartement et d’aller vivre chez ses parents. L’idée, c’était deux ou trois mois, le temps que la situation se stabilise.
Ça a duré un an.
Finalement, on a profité de cette période pour changer d’orientation tous les deux. Avec le recul, c’était une bonne décision. Mais sur le moment, c’était surtout la seule option qu’on avait.
Si on avait eu six mois de dépenses de côté, on aurait peut-être pu rester chez nous. On aurait eu le temps de voir venir, de s’organiser, de respirer. Au lieu de ça, on a dû réagir dans l’urgence.
Le plan parfait n’existe pas
Ce que j’ai appris de cette période, c’est que même un plan bien préparé peut exploser. Tu peux avoir tout calculé (le chômage, le revenu du conjoint, les deux mois d’attente) et te retrouver quand même dans une situation que tu n’avais pas imaginée.
La maladie, un accident, une entreprise qui ferme, un client qui ne paie pas. Les imprévus ne préviennent pas.
Et quand t’as rien de côté, t’as pas le choix : tu subis, tu réagis, tu fais avec ce qui reste.
Combien mettre de côté ?
L’idéal qu’on lit partout, c’est six mois de dépenses. Si ton train de vie coûte 2000€ par mois, ça fait 12 000€ de côté. Pour beaucoup de gens, c’est énorme. C’est des années d’épargne.
Donc soyons réalistes : mets de côté ce que tu peux, même si c’est deux mois, même si c’est un mois. C’est toujours mieux que zéro.
L’important, c’est d’avoir une marge. Un truc qui te permet de tenir le temps de trouver une solution, sans devoir tout bouleverser du jour au lendemain.
Si tu prévois de changer de boulot
Je parle bien de prévoir, pas de subir. Si tu comptes démissionner, te lancer à ton compte, ou prendre un congé pour te reconvertir, voici ce que je te conseille :
Avant tout, vérifie tes droits, parce qu’une démission n’ouvre pas automatiquement droit au chômage. Il existe deux grandes portes d’entrée. La première, les démissions dites légitimes : suivre son conjoint qui déménage pour raisons professionnelles, certaines situations familiales ou de non-paiement du salaire, entre autres cas précis. La seconde, la démission pour projet de reconversion (formation, création ou reprise d’entreprise) : il faut avoir travaillé au moins 1 300 jours sur les 5 dernières années, être en CDI, et surtout demander un conseil en évolution professionnelle avant de démissionner, puis faire valider le caractère réel et sérieux du projet par la commission Transitions Pro. Si tu démissionnes d’abord et que tu t’informes ensuite, la porte est fermée.
Il reste un filet : si tu ne relèves d’aucun de ces cas, tu peux demander un réexamen de ta situation après quatre mois de recherche d’emploi effective.
-
Calcule ton minimum vital : loyer, charges, courses, essence. Tout ce qui doit tomber chaque mois, quoi qu’il arrive.
-
Mets de côté avant de partir : idéalement six mois de ce minimum. Mais si t’en es loin, vise trois mois. Ou deux. L’idée c’est d’avoir une marge, pas d’attendre d’avoir le montant parfait.
-
Prévois les délais : si tu comptes sur le chômage, renseigne-toi précisément sur ta date de premier versement. Elle est repoussée par trois choses qui se cumulent : un différé lié à l’indemnité de congés payés (30 jours maximum), un différé lié aux indemnités de rupture supérieures au minimum légal (150 jours maximum, 75 en cas de licenciement économique), et un délai d’attente de 7 jours. Plusieurs semaines sans rien, ça se prépare.
-
Garde un plan B : si ton projet ne marche pas, si l’imprévu arrive, qu’est-ce que tu fais ? Retour chez les parents, coloc temporaire, job alimentaire ? Savoir que t’as une option de repli, ça change tout niveau stress.
Le coussin, c’est la liberté
Avoir de l’argent de côté, c’est pas juste une sécurité. C’est ce qui te permet de faire des choix.
Quitter un job toxique sans avoir le prochain. Prendre le temps de te former. Dire non à une opportunité qui ne te correspond pas. Attendre la bonne offre au lieu d’accepter la première par panique.
Sans coussin, tu fais avec ce qu’on te propose. Avec un coussin, tu choisis.
Comment construire ce coussin
Si t’as jamais réussi à mettre de côté, c’est peut-être pas une question de volonté. C’est peut-être que tu ne sais pas où est ta marge.
Avec la méthode des 3 comptes, tu sais exactement ce qui part en charges fixes, ce qui part en vie courante, et ce qui reste pour le plaisir. Du coup, tu vois clairement quelle partie de ton budget plaisir tu pourrais mettre de côté pour te construire un coussin.
C’est pas magique, ça demande des choix. Mais au moins, tu sais sur quoi tu peux jouer.
Le chapitre de l’année passée chez mes beaux-parents mérite un article à lui seul : retourner vivre chez ses parents. J’en parle aussi côté banque, avec le découvert exceptionnel obtenu grâce à ma conseillère, et côté famille, dans l’article sur le fait de demander de l’aide à un proche.