Moi, je fais de l’escalade, avec un abonnement mensuel. Comme tous ceux qui ont une passion, j’ai donc une dépense qui revient chaque mois, et qu’il faut bien ranger quelque part dans le budget. Et c’est là que beaucoup de gens se perdent : soit ils ne comptent jamais ce que leur passion leur coûte, soit ils culpabilisent à chaque achat.
Je pense qu’une passion mérite mieux que ces deux extrêmes. Ma réponse est simple : les dépenses courantes de la passion vivent sur le compte Plaisir, le gros matériel se prépare comme un objectif d’épargne, et le montant se décide à l’avance. Une fois que c’est fait, tu peux dépenser pour ta passion sans te justifier, puisque l’argent était prévu pour ça.
Combien dépenser pour sa passion par mois ?
Il n’y a pas de bon chiffre, et se comparer aux autres n’aide pas. Le bon montant, c’est ce qui reste une fois les prélèvements, la vie courante et l’épargne couverts, et que tu choisis de mettre dans ta passion plutôt qu’ailleurs. Si ta passion tient dans ton budget Plaisir sans toucher au reste, ce n’est pas trop.
Pourquoi on ne budgète presque jamais sa passion
Dans une discussion de plus de 200 commentaires sur un forum, des gens racontaient combien leur coûtait leur passion (voile, parachute, vélo, chevaux, cartes à collectionner, tricot), de quelques centaines d’euros à plusieurs dizaines de milliers par an. Très peu avaient vraiment prévu cet argent, et la phrase qui revenait, sous une forme ou une autre, c’était « j’ai jamais compté pour mon hobby ». D’autres culpabilisaient : « Je culpabilisais un peu du montant que je dépense dans mon tricot ».
En fait, je crois qu’il y a deux raisons à ce flou.
La première, c’est que la passion fait partie de ce qu’on est. Mettre un chiffre dessus donne l’impression de la réduire à une ligne de dépense, voire de se préparer à devoir y renoncer. Du coup, on préfère ne pas regarder.
La seconde, c’est que ses coûts arrivent en ordre dispersé. Une licence en septembre, un peu de matériel au printemps, un déplacement pour une compétition, une réparation imprévue. Pris un par un, aucun ne paraît énorme, et le total ne se voit jamais. Dans la même discussion, quelqu’un résumait ça d’un « ça chiffre vite », et dans un autre fil sur les loisirs, une personne avait comparé son impression à la réalité : « Selon moi, 200 à 300€. / Selon mon compte en banque, presque 1000 ».
Ce genre d’écart, je le comprends très bien. C’est exactement ce que la méthode des 3 comptes rend visible sans avoir à tout noter.
Les petites dépenses : sur le compte Plaisir
Tout ce qui se paie au fil de l’eau pour ta passion (les sorties, les consommables, les petites pièces, le cours du samedi) passe par la carte du compte Plaisir. C’est sa place naturelle : la passion, c’est du plaisir, et c’est même souvent le plaisir le plus important de ceux qui en ont une.
L’avantage, c’est que tu n’as pas besoin de séparer ta passion du reste de tes plaisirs. Si ce mois-ci tu as envie de mettre plus dans ton vélo et moins dans les restos, c’est ton choix, et le solde du compte te dit où tu en es. Personne ne te demande de remplir un tableur « hobby ».
Et si une partie de ta passion est prélevée (un abonnement mensuel, une cotisation payée en plusieurs fois), elle passe par le compte Prélèvements fixes, et c’est tout. Mon abonnement d’escalade, par exemple, est prélevé sur ce compte, comme internet ou l’assurance. C’est du plaisir, d’accord, mais séparer les comptes, c’est une question de savoir où va l’argent : un prélèvement part du compte des prélèvements, sans se poser plus de questions.
Le gros matériel : comme un objectif
Là où ça coince, c’est le gros achat : un vélo, un appareil photo, une selle, une voile, un stage d’une semaine. Ces dépenses-là ne tiennent pas dans un mois de budget Plaisir, et si on les fait quand même, c’est souvent la carte du quotidien ou l’épargne de précaution qui trinquent.
Moi, je les traiterais comme n’importe quel projet. Tu donnes un prix et une date à l’achat, tu divises, et tu programmes un virement mensuel vers une épargne dédiée. J’explique comment fixer ce genre d’objectif ici. Le jour où le montant est atteint, tu achètes, et sans aucune culpabilité, puisque l’argent était là pour ça.
Ce virement, je le prendrais sur le budget Plaisir, pas sur l’épargne de précaution ni sur la vie courante. C’est ce qui garde la passion à sa place : elle grandit en prenant sur les autres plaisirs, jamais sur ce qui te protège.
Prenons Thomas, qui fait du vélo. Il a 300€ par mois de budget Plaisir. Les sorties, les chambres à air et les gels lui coûtent environ 80€ par mois, qu’il paie avec la carte du compte Plaisir. Il veut changer de vélo dans deux ans, pour 2 400€ : il programme 100€ par mois vers un livret « vélo ». Il lui reste 200€ pour ses autres plaisirs, dont 80€ partent dans le vélo du quotidien. C’est serré mais lisible, et s’il trouve ça trop serré, il peut repousser l’achat de six mois ou viser un vélo un peu moins cher. Dans les deux cas, c’est lui qui choisit, en connaissant les chiffres.
Ce qui n’est pas dépensé peut servir plus tard
Une idée que j’ai vue revenir chez plusieurs personnes dans ces discussions, et que je trouve bonne : garder ce qui n’a pas été dépensé sur le Plaisir pour un plaisir plus gros. Quelqu’un l’écrivait simplement, « Tout ce que je ne depense pas reste en LDD ».
Pour une passion, ça marche très bien. Un mois calme (l’hiver pour un cycliste, par exemple), le reste du compte Plaisir part sur le livret de la passion, et l’achat arrive plus vite. Je ne le rendrais pas obligatoire, mais c’est une façon agréable de profiter des mois où on dépense peu.
Quand la passion prend trop de place
Je ne vais pas te dire combien ta passion devrait te coûter, ça ne me regarde pas. Mais il y a quelques signaux qui, à mon avis, méritent qu’on s’arrête : l’épargne de précaution qui baisse pour du matériel, le compte de la vie courante qui sert à finir les achats de la passion, ou un découvert qui revient chaque mois.
Dans ces cas-là, je n’en ferais pas une affaire de culpabilité. Je regarderais plutôt les leviers concrets : allonger le délai d’un gros achat, acheter d’occasion (beaucoup de passions ont un marché de seconde main très actif), ou augmenter le budget Plaisir si le reste du budget le permet. Pour ce dernier point, voici les signaux pour savoir quand l’augmenter.
Et si tu es en couple avec quelqu’un qui n’a pas la même passion, je pense que c’est encore plus important d’avoir un montant clair. Ça évite les remarques sur « encore un truc pour ton vélo », puisque l’argent vient de ta part de plaisir. Les couples où l’un dépense et l’autre économise ont d’ailleurs souvent ce genre de débat.
Une permission plutôt qu’une limite
Dans la discussion sur les passions coûteuses, une personne parlait de son budget plaisir comme de son « guilt free money », l’argent qu’on dépense sans culpabiliser. Je trouve que c’est la bonne façon de voir le compte Plaisir, et encore plus pour une passion. Le chiffre qu’on fixe sert surtout à te dire que tu as le droit.
Une passion qui tient dans ce cadre, tu peux en profiter pleinement, et c’est un peu le but de tout ça. Si la culpabilité de dépenser te suit au-delà de ta passion, j’en parle dans cet article sur la culpabilité.