Rapport à l'argent

Mal gérer ou pas assez gagner : faire la part des choses

Il y a un débat qui revient sans arrêt dès qu’on parle d’argent en ligne. Sur un forum, une discussion intitulée « Les gens ne savent pas gérer leur budget » a reçu plus de 230 commentaires. L’auteur, au SMIC, mettait 300€ de côté par mois et en concluait que ceux qui n’y arrivaient pas géraient mal. Les réponses se sont coupées en deux. D’un côté, des gens racontaient des proches à découvert dès le 10 malgré de bons salaires. De l’autre, des gens rappelaient les loyers, les enfants et les imprévus, avec des phrases comme « D’emmener le chat au véto ? Bah t’es dans le rouge. » ou « Je ne peux pas mieux gérer mon budget. »

Je pense que les deux camps ont raison, mais pas pour les mêmes personnes. Il y a des budgets qui coincent à cause de l’organisation, d’autres à cause du revenu, et beaucoup un peu des deux. Le vrai problème, c’est de juger sans regarder les chiffres. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il existe un test assez simple pour faire la part des choses, sans leçon de morale.

Comment savoir si on gère mal ou si on ne gagne pas assez ?

Additionne tout ce qui est prélevé chaque mois (loyer, énergie, assurances, crédits, téléphone) et tes dépenses vraiment essentielles (courses, transport). Si ce total dépasse ou frôle ton revenu, le problème vient du revenu. S’il reste une vraie marge et que l’argent disparaît quand même, c’est plutôt l’organisation.

Pourquoi le jugement fait autant de dégâts

Ce qui m’a frappé dans ces discussions, c’est la violence de certaines réponses. Quelqu’un à 3 500€ par mois et à découvert de 3 000€ demandait de l’aide, et on lui répondait : « C’est un choix, pas un état de fait. » Et en face, d’autres renvoyaient certains conseils d’épargne d’un « Ca c’est une remarque de riche. »

Je comprends d’où vient l’agacement de ceux qui s’en sortent avec peu. Mais le jugement a un effet très concret : il pousse les gens à se cacher. Quelqu’un qui a honte ne regarde plus ses comptes, ne demande pas d’aide, et attend que ça passe (j’en parle dans l’article sur la peur de regarder ses comptes). Au final, le jugement n’aide ni ceux qui gèrent mal, ni ceux qui manquent d’argent.

Et puis il y a un biais qu’il faut avoir en tête. Les gens qui répondent sur ces forums ne sont pas représentatifs. Un membre le disait lui-même avec humour : « Le redditeur français moyen est un développeur à 10k€ par mois ». Comparer son budget à ces témoignages, c’est se comparer à une minorité.

Le test : ce qui reste après l’essentiel

C’est là que la méthode des 3 comptes sert de diagnostic, avant même de servir d’organisation.

Prends ton dernier mois, et additionne d’abord tout ce qui serait sur le compte Prélèvements fixes : loyer ou crédit immobilier, charges, énergie, assurances, téléphone, internet, crédits en cours, abonnement de transport. Ajoute ensuite ce qui irait sur le compte Vie courante, mais seulement l’essentiel : les courses, l’essence ou les transports, les produits du quotidien, sans les restos, le shopping ni les sorties. Compare enfin ce total avec ce qui rentre vraiment chaque mois.

Trois situations peuvent sortir de ce calcul.

Si le total dépasse ton revenu, ou laisse moins de 100 ou 150€, ce n’est pas une question de gestion. Aucune organisation ne crée de l’argent qui n’existe pas, et je l’ai écrit noir sur blanc dans ce que la méthode ne règle pas. Là, les leviers sont ailleurs : le logement, les aides, les revenus, parfois les dettes à renégocier.

Si le total laisse une vraie marge (plusieurs centaines d’euros) et que tu finis quand même à découvert, c’est l’organisation qui coince. L’argent part dans le flou, souvent dans des petites dépenses qui ne se voient pas une par une, ou dans des paiements en plusieurs fois qui s’empilent. C’est le système qui ne te montre pas où tu en es, bien plus qu’un défaut de caractère.

Et entre les deux, il y a la situation la plus fréquente à mon avis : une marge mince, qui suffirait si tout se passait bien, mais qui saute au premier imprévu. Là, les deux sont vrais à la fois. Le revenu est juste, et une meilleure organisation peut faire la différence entre un mois qui passe et un mois dans le rouge.

Si c’est le revenu

Je ne vais pas te faire la leçon sur le café à emporter. Si l’essentiel mange tout, les économies de bout de chandelle ne changeront pas grand-chose, et elles épuisent.

Je regarderais d’abord les gros postes, ceux qui pèsent vraiment : le logement, l’assurance auto, l’énergie, les crédits (voici comment réduire des charges fixes sans se priver). Ensuite les aides auxquelles tu as peut-être droit sans le savoir. Et je n’hésiterais pas à me faire aider : il existe partout en France des Points conseil budget, gratuits, qu’on trouve dans l’annuaire de Service Public. Si tu es au SMIC ou un peu au-dessus, j’ai aussi écrit sur comment adapter la méthode à un petit salaire.

Si c’est l’organisation

Là, la bonne nouvelle, c’est que ça se règle, et souvent assez vite. La plupart des gens dans ce cas ne sont pas dépensiers, ils n’ont simplement aucun moyen de savoir ce qu’ils peuvent dépenser au moment où ils dépensent.

Séparer les prélèvements du reste, donner un montant fixe au quotidien et un autre au plaisir, ça suffit souvent à faire réapparaître la marge qui disparaissait. Si tu as un bon salaire et que tu n’arrives pas à épargner, j’en parle plus en détail ici. Et si tu te sens nul de ne pas y arriver, cet article est pour toi.

Ce que je retiens de ce débat

Je crois que la phrase « les gens ne savent pas gérer » est fausse dans sa généralité, et vraie pour certains. Ce qui me gêne, c’est qu’elle mélange tout le monde dans le même sac, alors que le test prend dix minutes et donne une réponse beaucoup plus juste.

Si tu fais ce calcul et qu’il te dit que le problème vient du revenu, je trouve que c’est presque un soulagement : tu peux arrêter de te reprocher ta gestion et chercher des solutions au bon endroit. Et s’il te dit que c’est l’organisation, c’est une bonne nouvelle aussi, parce que c’est la partie qui se change le plus facilement.

Sources