J’écris sur cette méthode depuis assez longtemps pour avoir vu passer les deux réactions extrêmes : ceux qui la trouvent trop simple pour être utile, et ceux qui en attendent tout. La deuxième catégorie m’embête davantage, parce que c’est celle qui va être déçue.
Du coup, autant poser les limites clairement. Séparer son argent en trois comptes résout un problème, un seul, et je pense qu’il vaut mieux savoir lequel avant de commencer.
Qu’est-ce que la méthode des 3 comptes ne règle pas ?
Elle ne règle pas un revenu insuffisant, ni une dette déjà installée, ni un désaccord de couple, ni ton rapport à la dépense. Elle répond à une seule question : est-ce que je peux dépenser cet argent, là, maintenant. C’est déjà beaucoup, mais pour le reste, il faut autre chose qu’une organisation de comptes.
Le seul problème que ça résout
Avant, cette question demandait un calcul. Tu regardais ton solde, tu retranchais de tête le loyer qui n’était pas encore passé, les courses de la semaine, l’assurance qui tombe le 12. Et tu arrivais à un chiffre approximatif dans lequel tu n’avais aucune confiance. Moi je faisais ce calcul avec un tableur, et je me trompais quand même, régulièrement.
Avec trois comptes, la question ne se calcule plus, elle se lit : le solde du compte Plaisir, c’est la réponse. C’est tout ce que fait la méthode, et c’est déjà énorme, parce qu’en fait c’est cette incertitude permanente qui produit le stress.
Mais ça ne va pas plus loin, et voici où ça s’arrête.
Ça ne règle pas un revenu insuffisant
C’est la limite la plus importante, et honnêtement la moins agréable à dire.
Si tes charges fixes et tes dépenses vraiment incompressibles dépassent ce qui rentre, aucune organisation ne changera ça. Tu peux séparer en trois comptes, en cinq comptes ou en enveloppes de papier, le total ne bouge pas. Tu auras simplement une vision très nette d’un problème que tu ne peux pas résoudre avec un virement (voici le test que je ferais pour savoir si ça vient du revenu ou de l’organisation).
Ce que la méthode apporte quand même dans cette situation, c’est un argumentaire (et ce n’est pas rien). Savoir dire « voilà mes charges fixes, voilà ce qui rentre, voilà combien il manque » change tout quand tu vas voir ton banquier, quand tu montes un dossier d’aide, ou quand tu dois demander un coup de main à un proche. C’est utile, mais soyons clairs, c’est un outil de diagnostic, pas un traitement.
Et si tu es dans ce cas, méfie-toi des gens qui te vendent une méthode (oui, je mesure l’ironie de l’écrire ici). Le problème n’est pas ton organisation.
Ça ne règle pas une dette déjà installée
Quand on a eu des crédits à la consommation à rembourser, il n’y a pas eu de méthode miracle, on a serré la ceinture, point. La carte de magasin avec son crédit renouvelable et l’électroménager pris en trois fois, il a fallu les payer, et c’est le budget Plaisir qui a absorbé pendant plusieurs mois.
La méthode aide sur un point, elle t’évite d’aggraver. Les mensualités vont sur le compte Prélèvements fixes, elles sortent avant que tu aies vu l’argent, et tu ne peux plus les rater. Elle empêche aussi d’en accumuler de nouvelles, parce qu’un compte Plaisir à zéro te dit non quand un paiement en plusieurs fois te dirait oui.
Mais la dette elle-même, elle se rembourse avec de l’argent, pas avec de l’organisation. Le détail de comment on s’y est pris est ici, et c’est beaucoup moins glamour que ce qu’on lit ailleurs.
Ça ne règle pas un désaccord de couple
C’est celle qu’on me sert le plus souvent, et c’est peut-être la plus trompeuse.
On a vécu quatre mois de tensions au début de notre vie commune, avec des comptes séparés et des disputes récurrentes sur les courses. Le passage au compte commun a énormément aidé, j’en ai fait un article entier. Mais ce qui a réglé la situation, ce n’est pas l’outil, c’est le fait qu’on ait décidé ensemble de fonctionner autrement.
Un système commun met les faits sur la table, et c’est déjà beaucoup, puisque plus personne ne peut prétendre ignorer où va l’argent. Par contre, il ne dit pas qui a raison sur le montant du budget vacances. Il ne dit pas non plus si le fait que l’un gagne plus doit lui donner plus de poids dans les décisions. Ces questions-là sont des questions de couple, elles se règlent en parlant. Et si ton conjoint ne veut pas en parler du tout, aucun compte bancaire ne le fera changer d’avis.
Ça ne règle pas ton rapport à la dépense
Dernière limite, et c’est celle qui me concerne encore aujourd’hui.
Le compte Plaisir te dit combien il reste. Il ne te dit pas pourquoi tu commandes à manger le mardi soir alors que le frigo est plein. Ni pourquoi tu achètes deux fois le même vêtement dans la même journée parce que tu t’es trop retenu pendant six mois. Ces mécanismes-là sont psychologiques, et un solde bancaire ne les touche pas (j’aimerais bien, pourtant).
Ce que la méthode fait, en revanche, c’est les rendre visibles. Tant que tout était mélangé sur un seul compte, j’avais un soupçon sur mes livraisons du soir sans jamais réussir à le prouver. Avec un compte dédié, le chiffre est là, il ne se discute pas.
Mais voir le chiffre et changer le comportement, ce sont deux choses différentes, et la deuxième prend beaucoup plus de temps. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai fini par m’organiser deux séances de shopping par an : ce n’était pas un problème de budget, c’était un problème de frustration accumulée.
Pourquoi je préfère le dire
Je pourrais laisser croire que trois comptes résolvent tout, ça se vendrait probablement mieux.
Le problème, c’est que quelqu’un qui met le système en place pour régler une dette, un désaccord de couple ou un revenu trop faible va être déçu. Au bout de trois mois, il va constater que rien n’a changé. Et il en conclura que la méthode ne marche pas, alors qu’elle aura fait exactement ce pour quoi elle est faite : lui donner une réponse fiable à la question « est-ce que je peux me le permettre ».
Pour moi, c’est un outil de clarté. La clarté ne remplace pas l’argent, ni une conversation, ni le temps. Elle permet juste de savoir précisément où tu en es, et c’est un point de départ, pas une arrivée.