Avant les enfants, beaucoup de couples ont trouvé leur équilibre : chacun paie sa part du loyer et des courses, et le reste vit sa vie. Puis un enfant arrive, et avec lui une pluie de petites dépenses qui ne rentrent dans aucune case. La crèche, les couches, les vêtements trop vite trop petits, la cantine, le judo du mercredi. Et souvent, c’est le même parent qui sort sa carte sans y penser.
Ma position : les frais des enfants sont des dépenses communes, et je les partagerais au prorata des revenus, même si le reste du budget du couple se fait moitié-moitié. C’est d’ailleurs exactement l’esprit de ce que prévoit la loi.
Comment partager les frais des enfants dans un couple ?
La loi prévoit que chaque parent contribue à l’entretien et à l’éducation des enfants selon ses ressources, celles de l’autre parent et les besoins de l’enfant. C’est vrai que les parents soient mariés, pacsés ou en union libre. En pratique, ça plaide pour un partage au prorata des revenus, via un compte commun.
Pourquoi pas moitié-moitié
Le moitié-moitié marche bien entre deux personnes qui gagnent à peu près pareil. Mais dès qu’il y a un écart, il pèse plus lourd sur celui qui gagne moins (j’ai détaillé ce mécanisme dans quand l’un gagne deux fois plus que l’autre).
Avec les enfants, cet écart a tendance à grandir. Il y a souvent un parent qui réduit son temps de travail, prend un congé parental ou refuse une promotion pour être plus disponible. Si on reste à 50/50 sur des frais qui augmentent, c’est justement ce parent-là qui finit par se serrer la ceinture. Et je trouve que ce serait une double peine : moins de revenus, et une part égale des frais.
Un exemple avec des chiffres
Marc gagne 3 000€ par mois, Sarah 2 000€. Leurs frais d’enfant (garde, cantine, vêtements, activités, couches) tournent autour de 600€ par mois.
En moitié-moitié, chacun met 300€. Ça représente 10% du salaire de Marc, et 15% de celui de Sarah. Au prorata, Marc gagne 60% du total du couple, donc il met 360€, et Sarah 240€. Chacun consacre alors 12% de son salaire aux enfants, et personne ne porte plus que l’autre en proportion.
Ce n’est pas une règle absolue (certains couples préfèrent tout mettre en commun, et ça se défend aussi). Mais pour un couple qui partage déjà le reste, je partirais de là. Tu trouveras les trois façons de partager les dépenses en couple comparées en détail dans le pilier.
Les petites dépenses invisibles
Le vrai piège, ce n’est pas la crèche. La crèche, c’est un gros montant, prélevé tous les mois, tout le monde le voit. Le piège, ce sont les petites dépenses qui passent sur la carte perso d’un des deux parents. Une paire de chaussures, un cadeau pour l’anniversaire d’un copain de classe, une sortie scolaire, un médicament à la pharmacie. Chacune paraît trop petite pour en parler, et pourtant, sur un an, ça fait vite plusieurs centaines d’euros.
Et en général, c’est le parent qui gère le plus le quotidien des enfants qui les paie. Sans que personne ne l’ait décidé. Du coup, je ferais passer toutes les dépenses des enfants par le même endroit : le compte commun, alimenté au prorata. Pas besoin de tenir des comptes au centime (personne n’a envie de ça), il suffit que la carte qui paie les affaires des enfants soit celle du compte commun.
Où les mettre dans les 3 comptes
Avec un compte joint, les frais des enfants y ont naturellement leur place. Les grosses charges fixes (garde, cantine, mutuelle) passent en prélèvement, comme le reste des charges du foyer. Les dépenses variables (vêtements, pharmacie, sorties) passent par la carte du compte commun, qui joue le rôle de Vie courante pour la famille. Et le montant que chacun verse chaque mois est calculé une fois, puis automatisé par un virement permanent.
Pour estimer ce montant, je partirais des vrais chiffres plutôt que des moyennes. La garde, à elle seule, peut faire varier le budget du simple au triple (j’ai détaillé ce que coûte la garde d’un enfant). Et quand il y a plusieurs enfants, tout ne double pas forcément, certaines choses se mutualisent.
Quand la situation change
Les revenus bougent, surtout avec des enfants : un congé parental, un temps partiel, une perte d’emploi. Je reverrais le partage à chaque changement de ce type, plutôt qu’une fois par an. C’est justement l’intérêt du prorata : il s’ajuste tout seul quand on refait le calcul, alors que le 50/50 devient vite injuste sans que personne ne s’en rende compte.
Si l’un des deux réduit son temps de travail pour les enfants, voici comment compenser, retraite comprise. Et si l’un des deux perd ses revenus du jour au lendemain, la question devient plus large que les enfants. J’en parle dans qui paie quoi quand l’un perd ses revenus. Et en cas de séparation, le partage passe par une pension et une liste de frais à se répartir, voici comment l’intégrer au budget.
Sources
- Code civil, Titre IX : De l’autorité parentale (article 371-2), Légifrance
- Mariage, Pacs ou concubinage (union libre) : quelles différences ?, Service-Public.fr