Couple et partage

Le travail à la maison compte-t-il dans le partage des charges ?

Quand l’un des deux gagne beaucoup plus que l’autre, et que l’autre s’occupe davantage de la maison, la question finit presque toujours par tomber : est-ce que ce travail-là compte dans le partage des dépenses ? C’est un sujet qui fâche vite, parce qu’il mélange l’argent, le temps, et la façon dont chacun voit le couple.

Ma position est assez claire : oui, le travail à la maison compte. Mais je ne le chiffrerais pas à l’heure près, ce serait le meilleur moyen de transformer le couple en comptabilité. Pour moi, il doit surtout servir à choisir la façon de partager (le prorata ou le tout en commun plutôt que le moitié-moitié), et à rééquilibrer les tâches elles-mêmes quand c’est possible.

Faut-il compter les tâches ménagères dans le partage des dépenses ?

Je pense que oui, mais sans les transformer en euros. Quand l’un des deux assume la plus grosse part du travail à la maison, un partage à 50/50 des dépenses devient injuste. Pour les couples mariés, la loi va d’ailleurs dans ce sens : la contribution aux charges du mariage peut se faire autrement qu’en argent, par exemple par les tâches familiales.

Ce que dit la loi pour les couples mariés

C’est un point qu’on connaît mal, et je le trouve intéressant. Pour les couples mariés, chaque époux doit contribuer aux charges du mariage, et sauf contrat de mariage qui dit autre chose, c’est en proportion de ses moyens. Service Public précise que cette contribution peut se faire en argent, mais aussi sous d’autres formes, et cite justement les tâches familiales d’un parent au foyer.

Autrement dit, aux yeux de la loi, le conjoint qui s’occupe de la maison et des enfants contribue lui aussi aux charges du ménage. Ça ne fixe pas de tarif, et ça ne dit rien des couples où les deux travaillent et se partagent inégalement les tâches. Mais ça montre que l’idée « celui qui ne rapporte pas d’argent ne participe pas » ne tient pas, au moins pour les mariés.

Pour les couples pacsés et en union libre, les règles sont différentes. Je les ai détaillées dans le pilier sur le partage des dépenses, et pour l’union libre, il y a d’autres conséquences à connaître.

Pourquoi je ne chiffrerais pas les tâches

Quand on commence à mettre un prix sur le ménage, la cuisine ou le bain des enfants, on ouvre une porte qui se referme mal. Combien vaut une heure de repassage ? Et une nuit à se lever pour un enfant malade ? Et celui qui pense aux rendez-vous chez le médecin et aux cadeaux d’anniversaire, ça compte combien ?

On finit par faire ce que les gens appellent des « comptes d’apothicaire », et je trouve qu’ils abîment plus qu’ils ne règlent. Chacun surveille ce que fait l’autre, et la moindre tâche oubliée devient une dette. C’est d’ailleurs la même raison pour laquelle je déconseille de tout noter dans une appli de partage quand on vit ensemble (j’en parle ici).

Je préfère une approche plus globale. On regarde la situation d’ensemble (qui gagne quoi, qui fait quoi à la maison, qui a réduit son temps de travail et pourquoi), et on choisit un système de partage qui en tient compte une bonne fois.

Ce que ça change concrètement

Si l’un des deux gagne beaucoup plus et que l’autre assume l’essentiel de la maison, le 50/50 me paraît difficile à défendre. Celui qui gagne moins paie autant, travaille plus à la maison, et se retrouve avec beaucoup moins pour lui. Ça, je ne vois pas comment ça peut tenir longtemps sans rancœur.

Dans ce cas, je pencherais pour le prorata (chacun paie selon ce qu’il gagne), ou pour le tout en commun, où les deux salaires vont au même endroit et chacun a la même somme pour ses plaisirs. C’est d’ailleurs ce qu’avait fini par faire un homme dans une discussion de plus de 150 commentaires sur un forum : il gagnait 5 000€, sa femme allait toucher le SMIC tout en s’occupant de la maison, et il a ouvert un compte commun sans rien lui demander. Une réponse du fil résumait bien pourquoi : « C’est du gratuit pour toi mais c’est effectué quand même ». Chez nous, on a tout en commun, et j’ai expliqué pourquoi on n’a pas de budget perso. Avec ce système, la question de la valeur des tâches ne se pose même plus, ce qui est un vrai soulagement.

Dans la méthode des 3 comptes, ça se traduit simplement : le compte des prélèvements et celui de la vie courante sont communs, alimentés au prorata ou par tout l’argent du couple, et chacun reçoit la même somme sur son compte plaisir, quel que soit son salaire.

L’objection qu’on entend souvent

Il y a un contre-argument qui revient, et je le trouve légitime. Quelqu’un l’écrivait dans une autre discussion : « quand c’est un choix perso de ne bosser que mi-temps, je trouve que c’est gênant ». Autrement dit, si l’un réduit son temps de travail par choix, pourquoi l’autre devrait-il compenser ?

Je pense que tout dépend de la nature du choix. Si le temps partiel sert à s’occuper des enfants ou de la maison, c’est un choix fait pour le couple, et il me paraît normal que le couple en partage le coût. S’il sert un projet personnel qui n’a rien à voir avec le foyer, la discussion est différente, et c’est à vous deux de vous mettre d’accord. Le temps partiel pour s’occuper d’un enfant a aussi des effets à long terme, sur la retraite notamment, et j’y reviens dans un article à part sur le temps partiel et le congé parental.

Rééquilibrer les tâches, pas seulement l’argent

Il y a un dernier point que je ne voudrais pas oublier. Dans son enquête sur l’emploi du temps de 2010, l’Insee mesurait que les femmes consacraient en moyenne 3h52 par jour aux tâches domestiques, contre 2h24 pour les hommes. L’écart a sans doute bougé depuis, mais il existait bel et bien.

Compenser ce déséquilibre avec de l’argent, c’est mieux que rien. Mais si les deux travaillent à temps plein, je pense que la vraie réponse, c’est de mieux répartir les tâches elles-mêmes, plutôt que de payer l’autre pour qu’il continue à tout faire. Ça demande une discussion, parfois inconfortable, mais elle fait plus pour le couple que n’importe quel calcul.

Au fond, je crois que la question qui compte, c’est de savoir si chacun a l’impression que c’est juste. Si la réponse est oui pour les deux, le système est bon, quelle que soit la formule.

Sources