Si tu es là, c’est probablement que tu as déjà essayé : une appli de suivi de dépenses, un tableur Excel avec des belles colonnes, la règle du 50/30/20, peut-être les enveloppes en cash. Et à chaque fois, ça n’a pas tenu.
Je ne pense pas que ce soit un manque de volonté. En fait, ces méthodes demandent une discipline et une charge mentale qu’aucun être humain normal ne peut tenir sur des années.
Voici la méthode que j’ai construite pour notre famille, qui marche depuis des années, et qui ne demande rien d’autre que de regarder un compte Revolut de temps en temps.
Comment tenir un budget sans y penser tout le temps ?
Pour moi, la réponse, c’est de séparer ton argent sur trois comptes : un pour les prélèvements fixes, un pour la vie courante, un pour le plaisir. Tu fais tes virements en début de mois, et ensuite le solde du compte Plaisir te dit ce que tu peux dépenser. Pas de suivi, pas de calcul, la limite est dans le compte.
Ce que j’ai essayé avant
Avant d’arriver à ce qui marche aujourd’hui, j’ai testé pas mal de choses. Toutes m’ont déçu, chacune pour des raisons différentes.
Le tableur Excel
Pendant des années, j’ai eu un Excel, avec des colonnes, des formules, des catégories. Je notais mes dépenses, je les classais, et je voyais bien que j’avais claqué 180€ en livraisons de repas ce mois-ci. Mais c’était toujours après coup, le mal était fait. Du coup, le mois suivant, je repartais avec les mêmes bonnes intentions et les mêmes résultats.
J’en parle plus en détail dans le déclic : ce moment où tu réalises que ton système ne marche pas.
Linxo, puis Bankin
J’ai utilisé Linxo dès les débuts de l’application. Puis en 2017, en travaillant pour une fintech, j’ai basculé sur Bankin après en avoir parlé avec des collègues. Je l’ai utilisé massivement pendant trois ans.
Sur le papier, ces apps sont géniales. Elles agrègent tes comptes, catégorisent tes dépenses, te permettent de créer un budget. Tu te dis : « Avec ça, je vais enfin avoir la vision et la rigueur. »
Dans la réalité, c’est autre chose. Pour que ça marche, il faut aller vérifier l’app régulièrement, corriger les catégorisations qui foirent, et accepter le décalage entre tes paiements et leur affichage (la banque met du temps à transmettre les opérations).
Tout ça repose sur une discipline qu’on n’a pas, et ajoute une charge mentale dans une vie déjà bien remplie. Et surtout, comme avec Excel, ça ne t’empêche pas de déraper. Tu vois bien que t’es à découvert, mais ça ne change rien.
J’ai ressenti un vrai sentiment d’impuissance. Tu essaies, tu fais des efforts, et tu te retrouves quand même à te dire « un resto en plus, ça va, c’est pas la mort ». Sauf que multiplié par cinq dans le mois, c’est le découvert assuré. On a abandonné Bankin petit à petit, j’en parle plus en détail dans pourquoi suivre tes dépenses ne marche pas.
La règle du 50/30/20
J’ai aussi creusé la règle du 50/30/20. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est 50% de tes revenus pour les besoins (loyer, courses, factures), 30% pour les envies (sorties, plaisir), et 20% pour l’épargne.
Sur le papier, c’est élégant. En pratique, dans une grande ville, je trouve que c’est intenable.
Prenons un couple parisien avec 2 100€ + 2 300€ de salaire, soit 4 400€ nets par mois. Si tu appliques le 50/30/20 strictement :
- besoins (50%) : 2 200€
- envies (30%) : 1 320€
- épargne (20%) : 880€
Maintenant, regardons la réalité. À Paris, un loyer pour un T2 ou un petit T3 en couple, c’est facilement 1 400€ charges comprises. Ajoute l’électricité (80€), les transports (150€ pour deux navigos), les assurances (60€), le téléphone et internet (60€), les courses pour deux personnes (500€). Tu es déjà à 2 250€ rien que sur les besoins, soit 51% de tes revenus, alors que la règle te disait 50% maximum.
Du coup, certains adaptent en 60/20/20 pour les grandes villes. Mais à ce moment-là, qu’est-ce qui reste de la règle ? Tu te retrouves à bricoler des pourcentages qui ne tiennent pas avec la vraie vie. Et en plus, ces pourcentages ne te disent pas comment tu tiens ces budgets au quotidien. C’est une répartition, pas une méthode.
Comment ma méthode a émergé
Je dois être honnête : je n’ai pas eu un matin un éclair de génie en me disant « tiens, je vais inventer une méthode ». La méthode des 3 comptes s’est construite petit à petit, en réaction aux échecs précédents.
J’avais déjà deux comptes (un pour les prélèvements, un pour le reste). Mais il y avait toujours de la friction, toujours du découvert. Le compte « le reste » mélangeait les courses obligatoires avec les sorties plaisir, donc impossible de savoir, en temps réel, si je pouvais me permettre une dépense ou pas.
Quand j’ai étudié le 50/30/20 et que j’ai réalisé que ça ne pouvait pas marcher tel quel pour nous, je me suis posé la vraie question. Pas « quelle méthode adopter ? » mais « qu’est-ce qui manque à mon système actuel ? ».
La réponse était simple, il manquait un compte dédié au plaisir, avec un budget fixe viré en début de mois. Si le compte Plaisir est vide, tu sais que tu as déjà eu ta dose de fun ce mois-ci, sans calcul, sans tableur, sans appli.
J’ai donc enrichi mon système au lieu d’en adopter un autre : trois comptes, Prélèvements fixes, Vie courante, Plaisir.
La méthode des 3 comptes en clair
J’ai un guide complet sur la méthode, mais voici l’essentiel.
Le premier compte, c’est celui des prélèvements fixes : loyer, crédits, assurances, téléphone, internet, électricité, gaz. Tout ce qui est automatique et non négociable. Tu y verses chaque mois exactement ce qu’il faut pour couvrir les charges.
Le deuxième, c’est la vie courante : courses alimentaires, essence, médicaments, et les abonnements qui ne se paient que par carte. Ce sont les essentiels du quotidien, et tu y verses ce dont tu as besoin pour tenir le mois côté nécessités.
Le troisième, c’est le plaisir : restos, sorties, shopping, cadeaux, hobbies. Tu y verses ce qu’il reste après les deux autres comptes. C’est lui qui absorbe les variations de revenus (un bon mois, plus de plaisir, un mois moins bon, moins de plaisir), mais il existe toujours. Chez moi, ce compte est sur Revolut, gratuit et instantané.
L’épargne, ce n’est pas un quatrième compte. C’est un virement à part, à côté, qui se décide avant la répartition dans les 3 comptes. J’y reviens plus bas.
Pourquoi ça marche : le test du compte Plaisir
La force du système, c’est ce que j’appelle le « test du compte Plaisir ». Tu veux savoir si tu peux te payer un resto ce soir ? Tu regardes ton Revolut. S’il reste 40€, tu peux. S’il reste 5€, tu attends le mois prochain ou tu cuisines.
Plus de calcul mental approximatif, plus de « je verrai bien à la fin du mois », le solde te dit tout.
C’est pour ça, à mon avis, que la méthode tient là où les autres échouent : elle ne demande aucune discipline mentale. La limite est physique, pas psychologique, et quand le compte est vide, il est vide.
L’épisode qui m’a prouvé que ça marche
Je n’ai pas tout de suite cru à la solidité du système. La méthode mise en place, on l’a utilisée 4 ou 5 mois et on a constaté que ça marchait : on finissait les mois sereinement, sans découvert.
Et puis un mois, on a dû payer des vacances qu’on n’avait pas budgétisées. On a regardé, et on n’avait presque rien à allouer au compte Plaisir ce mois-là. On s’est dit : « C’est bon, on va faire attention avec le compte Vie courante, on saute le virement Plaisir. »
Devine quoi ? On a explosé le petit budget plaisir qu’on s’était fixé de tête sur la vie courante, et découvert, encore.
Et là, j’ai été un peu lent à comprendre (je le reconnais volontiers). On a continué comme ça 2 ou 3 mois, à essayer de gérer sans le 3ème compte, en se disant qu’on ferait attention. À chaque fois, le même résultat : la confusion entre nécessaire et plaisir, et le découvert au bout.
À un moment, je me suis dit stop. J’ai remis en place le 3ème compte, même avec un montant ridicule certains mois, et l’hémorragie s’est arrêtée immédiatement.
Ce que j’en retire, c’est que même quand tu as moins de sous pour le plaisir, tu gardes le système. C’est la séparation physique qui fait la méthode, pas le montant qui est dessus. J’ai testé avec, testé sans, et je suis revenu. Cette fois, je ne reviendrai plus en arrière.
Pourquoi 3 comptes et pas 4
Tu pourrais te dire : pourquoi pas un 4ème compte épargne ? Pourquoi exactement 3 ?
L’épargne, c’est important, mais c’est du long terme. Et pour mettre de l’argent de côté, il faut d’abord avoir les sous à allouer, donc maîtriser ses dépenses courantes.
La méthode des 3 comptes pilote la consommation courante : prélèvements, quotidien, plaisir. C’est sur ces 3 postes que se joue le contrôle au jour le jour. L’épargne, elle, se décide avant cette répartition. Tu enlèves un montant en début de mois (virement automatique vers un Livret A par exemple), et tu répartis ensuite ce qui reste entre tes 3 comptes.
Ajouter un 4ème compte épargne dans le système courant, je trouve que c’est mélanger deux logiques différentes. Le système reste plus simple à 3, et c’est cette simplicité qui le rend tenable sur la durée. Si tu veux creuser, j’en parle dans l’épargne de précaution comme priorité.
En une phrase
Si tu veux la version courte : j’ai un système pour gérer mon budget sans prise de tête, j’ai juste à regarder mon compte Revolut pour savoir ce que je peux dépenser ce mois-ci.
C’est tout. Pas de catégorisation à faire, pas de tableur à mettre à jour, pas de pourcentage à calculer, pas d’appli à vérifier, juste un solde sur un compte dédié qui te dit tout de suite où tu en es.
Pourquoi j’ai commencé à en parler
Quand j’ai remis en place le 3ème compte après les 2-3 mois de désastre, je ne pensais pas en faire un blog. Je voulais juste que ça marche pour nous.
Et puis un jour, à la machine à café au boulot, j’en ai parlé à un collègue qui avait des soucis de gestion. Je lui ai expliqué le truc, et il m’a répondu quelque chose dans le genre « c’est facile et intéressant comme méthode, c’est cool ». Là, j’ai compris que j’avais quelque chose à partager, et que ce qui me semblait évident ne l’était pas pour les autres.
C’est de là que vient ce blog.
Si tu veux essayer
La méthode tient en quelques étapes simples.
D’abord, ouvre 3 comptes (ou utilise ce que tu as déjà). Si tu n’as pas la flemme de faire la démarche en banque physique, j’ai détaillé comment configurer les 3 comptes en 30 minutes.
Ensuite, définis ton budget plaisir mensuel. C’est la décision la plus importante : trop petit, tu vas craquer, trop grand, tu n’épargnes plus rien. Démarre avec ce qui te paraît correct, et ajuste au bout de 2-3 mois.
Puis bascule sur le système. En début de mois, vire d’abord ton épargne (si tu peux), puis répartis le reste entre tes 3 comptes selon les besoins du mois. Ça prend 15 minutes une fois par mois.
Laisse ensuite tourner pendant 3 mois sans rien changer, c’est le temps qu’il faut pour voir si le système te convient. Pendant ces 3 mois, tu vas avoir des moments de craquage et des envies de tricher. Tiens bon.
Et au bout de 3 mois, ajuste les montants. Tu auras alors une vraie vision de ce qui marche et de ce qui ne marche pas pour toi.
Ce que tu vas y gagner
Quand le système tourne, tu ne deviens pas riche. Par contre, tu arrêtes de subir. Tu sais où tu en es à tout moment, tu peux te faire plaisir sans culpabiliser parce que c’est dans le budget, et tu peux dire non à une dépense sans drame, parce que tu as un système clair pour le faire.
Et au bout de quelques mois, tu commences à mettre de côté pour de vrais projets. Pour nous, à l’époque, c’était le voyage au Japon. Pour toi, ce sera autre chose, mais c’est cette liberté retrouvée qui change vraiment la vie.
Si tu galères depuis des années avec d’autres méthodes, tu n’es pas un cas désespéré, tu utilises juste les mauvais outils. Essaie celui-là pendant 3 mois, et tu m’en diras des nouvelles.
Si tu veux d’abord poser les chiffres de départ (ce qui rentre, tes charges fixes, ton reste à vivre), commence par ce guide.