Quand on parle de “revenus irréguliers”, je pense tout de suite freelance (étant moi-même freelance). Et c’est vrai que c’est le cas extrême, où ton revenu peut varier du simple au double d’un mois sur l’autre. Pour ce profil, j’ai déjà écrit un article dédié sur la méthode des 3 comptes pour les freelances.
Mais entre le freelance pur et le salarié au CDI parfaitement régulier, il y a tout un tas de gens dont les revenus varient légèrement, et qui ont eux aussi du mal à appliquer une méthode budgétaire classique.
C’est mon cas, et probablement le tien aussi. Voici comment gérer ça avec la méthode des 3 comptes.
Les profils à revenus “presque réguliers”
Beaucoup de situations entrent dans cette catégorie :
- Le salarié avec part variable (commercial, primes trimestrielles, intéressement, participation). Ton fixe ne bouge pas, mais ton net mensuel oscille selon les mois et les performances.
- Le couple avec deux salaires qui fluctuent légèrement. Chez nous, mon revenu et celui de ma femme varient d’environ 200€ d’un mois sur l’autre. Pas grand-chose en apparence, mais sur 12 mois ça représente une vraie marge.
- Le salarié avec revenus complémentaires (SCPI, dividendes, location courte durée, formations ponctuelles). Le gros de tes revenus est régulier, mais il y a des arrivées d’argent ponctuelles à intégrer.
- Le saisonnier ou les métiers à activité variable (animation, événementiel, etc.). Tu travailles plus certains mois que d’autres.
Le principe : raisonner sur la moyenne basse
Le piège classique, c’est de raisonner sur ton revenu maximum. Tu as eu un super mois à 3 200€ de salaire ? Tu te dis “ok, je vais caler mon budget plaisir sur 3 200€”. Sauf que le mois suivant, tu redescends à 2 800€, et tu galères.
L’inverse est aussi un piège : caler tout sur ton revenu minimum te fait te priver sans raison la plupart des mois.
Le bon compromis, c’est de raisonner sur ta moyenne basse : ce que tu gagnes au minimum dans 80% de tes mois. Ce chiffre, tu le calcules en regardant tes revenus des 12 derniers mois et en prenant un peu en dessous de ton mois moyen.
C’est sur ce chiffre que tu cales tes besoins incompressibles :
- Tes virements vers le compte prélèvements (pour couvrir tes charges fixes)
- Ton virement vers le compte vie courante (pour couvrir tes besoins réels du quotidien)
Le reste va sur ton compte plaisir. Et c’est lui qui va absorber les variations : plus ou moins selon le mois, mais toujours en place. C’est la respiration du système.
Tout ce qui dépasse cette moyenne basse les bons mois, c’est du bonus. Et le bonus, on en parle plus bas.
Mon cas perso : variations légères et SCPI trimestrielles
Concrètement, à la maison, on est dans le profil “salaires avec petites variations + revenus complémentaires trimestriels”.
Mon revenu et celui de ma femme varient d’environ 200€ d’un mois sur l’autre. Pas dramatique, mais ça compte. Et tous les trimestres, on reçoit les versements de nos SCPI (sur lesquelles on a un crédit, donc il faut faire la différence entre ce qu’elles versent et ce que coûte le crédit pour avoir le net).
Pour gérer ça, j’ai un outil :
Mon Excel pour le check mensuel. En début de mois, je reporte les revenus réels du mois précédent, j’ajuste les calculs, et ça me donne le montant à virer sur chaque compte. C’est pour ça que je ne fais pas de virements automatiques : ils ne s’adapteraient pas à mes variations. Je préfère le check mensuel manuel de 15 minutes.
Que faire des bons mois (et des arrivées d’argent ponctuelles)
Quand un mois dépasse ta moyenne basse, ou qu’une rentrée ponctuelle arrive (prime, SCPI, dividende, vente d’un truc), il y a trois options.
Option 1 : tout mettre en épargne
C’est l’approche la plus rigoureuse. Chaque euro au-dessus de ta moyenne basse va directement sur ton épargne. Tu vis exactement comme si ton mois bas était la norme, et tu construis un coussin avec ce qui dépasse.
L’avantage, c’est que tu accumules vite une vraie épargne de précaution. L’inconvénient, c’est que tu ne profites jamais de tes bons mois, et sur le long terme, c’est démoralisant.
Option 2 : tout dans le budget plaisir
L’approche inverse : tu laisses tout arriver sur tes comptes, tu profites des bons mois sans réfléchir.
L’avantage, c’est que tu te fais plaisir. L’inconvénient, c’est que tu ne construis aucune marge de sécurité, et qu’au premier coup dur, tu repars de zéro.
Option 3 : la répartition assumée
C’est ce que je conseille et ce que je fais : tu décides à l’avance comment tu répartis les sommes “bonus”.
Par exemple : 50% en épargne, 50% en plaisir supplémentaire.
Cette répartition te permet à la fois de profiter et de mettre de côté pour les coups durs. Tu peux ajuster les pourcentages selon tes priorités, mais l’idée c’est de décider à l’avance, pas de réagir au moment où l’argent arrive.
J’en parle plus en détail dans comment gérer une grosse rentrée d’argent. La logique est la même pour les arrivées ponctuelles que pour les bons mois.
Que faire des mois “creux”
L’inverse : qu’est-ce que tu fais quand un mois est sous ta moyenne basse ?
Si tu as bien calé ton système, ça doit rester rare. Mais ça peut arriver : un mois sans prime, des frais médicaux non prévus, un trimestre où la SCPI verse moins.
La règle d’or : garder le système en place. Tu ne sautes pas le virement plaisir parce que c’est serré. Tu réduis le montant si vraiment tu n’as pas le choix, mais tu maintiens le compte plaisir en activité.
J’ai déjà raconté dans l’article sur comment tenir un budget l’épisode où on avait sauté le virement plaisir pendant 2-3 mois. Résultat : on a explosé le budget. La leçon : même avec moins de sous, le système doit tenir.
Si vraiment le mois est trop dur, tu pioches dans ton épargne de précaution. C’est exactement à ça qu’elle sert.
Le piège du “je verrai bien”
Quand tes revenus varient, la tentation est de naviguer à vue. “Ce mois je gagne plus, je me fais plaisir. Ce mois je gagne moins, je serre.”
Sur le papier, ça semble logique, mais en pratique, ça ne marche pas : tu finis par être plus généreux les bons mois (tu sur-dépenses) et plus rigide les mauvais. Sur 12 mois, tu sors avec un budget sans cohérence et probablement un solde négatif.
Le système des 3 comptes te protège de ça. Le système reste toujours en place, mais c’est le compte plaisir qui absorbe les variations. Pourquoi lui ? Parce que les autres postes sont incompressibles : tes prélèvements fixes ne bougent pas (loyer, crédits, assurances), ta vie courante est calée sur tes besoins réels (courses, essence, factures variables). Le seul qui peut respirer dans un sens ou dans l’autre, c’est le plaisir.
Quand le mois est bon, ton compte plaisir reçoit plus, et quand il est moins bon, il reçoit moins, mais il ne disparaît jamais.
Comment démarrer si tu as des revenus variables
Voici les étapes que je recommanderais.
1. Calcule ta moyenne basse. Regarde tes 12 derniers mois de revenus. Identifie la fourchette dans laquelle 80% de tes mois tombent. Prends le bas de cette fourchette comme référence.
2. Cale tes virements sur cette moyenne basse. Charges fixes, vie courante, plaisir, épargne : tout doit pouvoir être couvert par cette base. Si ce n’est pas le cas, tes charges sont trop élevées par rapport à ton revenu plancher, et il faut revoir.
3. Décide à l’avance comment tu répartis le bonus. 50% épargne / 50% plaisir, ou ce qui te paraît juste. Mais décide avant.
4. Fais ton check mensuel. En début de mois, tu regardes ton revenu réel, tu ajustes les virements, tu décides où va le bonus s’il y en a. 15 minutes par mois suffisent.
5. Garde le système en place même les mois creux. Tu peux réduire les montants, jamais sauter un virement. La régularité du système, c’est ce qui fait que ça tient.
Si tu es freelance pur
Si tes revenus varient du simple au double d’un mois sur l’autre, il te faut une couche supplémentaire : un compte tampon qui lisse les revenus avant qu’ils n’arrivent dans tes 3 comptes. C’est détaillé dans l’article dédié aux freelances.
Ce que j’en retire
Avoir des revenus variables, même légèrement, demande un peu plus d’attention qu’un salaire fixe au centime près, mais ça ne change rien d’essentiel à la méthode. Avec une moyenne basse comme référence, un bonus réparti à l’avance et un compte plaisir qui absorbe les écarts, elle tient aussi bien qu’avec un salaire parfaitement régulier. Parfois même mieux, parce que les variations te forcent à rester connecté à ta situation financière au lieu de mettre le pilote automatique.