Banque

Garder son crédit immobilier dans sa banque et vivre ailleurs

Beaucoup de gens ont l’impression d’être coincés dans leur banque parce que leur crédit immobilier y est. Ils paient des frais qu’ils trouvent trop élevés, ils voient passer les offres des banques en ligne, mais ils n’osent pas bouger. Il y a souvent un peu de flou sur ce qu’on a signé, et un peu de gêne vis-à-vis du conseiller qui a monté le prêt.

Je pense que cette impression d’être coincé est en grande partie fausse. D’après Service Public, la banque ne peut pas t’imposer de domicilier tes salaires chez elle, ni te pénaliser si tu les fais verser ailleurs. Tu peux donc garder le prêt là où il est, n’y laisser qu’un compte qui sert à le rembourser, et vivre au quotidien dans une autre banque. La seule chose à vérifier avant, c’est ton offre de prêt, au cas où un avantage aurait été accordé en échange de la domiciliation.

Peut-on changer de banque quand on a un crédit immobilier ?

Oui. Ton crédit reste dans la banque qui l’a accordé, mais tes revenus et tes dépenses peuvent passer ailleurs. Il suffit de garder chez elle un compte alimenté chaque mois du montant de la mensualité. Relis quand même ton offre de prêt : si un avantage (un taux, des frais réduits) était lié à la domiciliation, regarde ce qui est prévu en cas de départ.

Ce que dit la règle sur la domiciliation

Domicilier ses revenus, c’est faire verser son salaire sur un compte d’une banque donnée. Pendant longtemps, beaucoup de banques en ont fait une condition pour accorder un prêt immobilier, et l’idée est restée dans les têtes.

Aujourd’hui, Service Public le dit clairement : la banque ne peut pas t’imposer de domicilier tes revenus d’activité chez elle, ni te pénaliser si tu choisis une autre banque pour ça. La Banque de France précise de son côté qu’elle peut toujours te le demander pendant la négociation du prêt, mais seulement en échange d’un « réel avantage individualisé ».

Concrètement, ça veut dire que si ton offre de prêt ne mentionne rien, tu es libre. Si elle mentionne un avantage accordé en échange de la domiciliation (une baisse de taux, des frais de dossier offerts), c’est ce paragraphe qu’il faut lire en détail avant de bouger, et au besoin poser la question à ta banque par écrit. Le mot « domiciliation » est en général écrit noir sur blanc quand il y a quelque chose.

Le compte minimal à garder

Pour rembourser le prêt, la banque prélève chaque mois la mensualité, en général sur un compte ouvert chez elle. Ce compte-là, tu le gardes. Ce qui change, c’est qu’il ne reçoit plus ton salaire.

Moi, je le traiterais exactement comme un compte Prélèvements fixes dans la méthode des 3 comptes. Ton salaire arrive dans ta nouvelle banque, et un virement permanent, programmé un ou deux jours après la paie, envoie vers l’ancienne le montant de la mensualité, plus une petite marge pour l’assurance emprunteur si elle est prélevée à part et pour les éventuels frais de tenue de compte. Le compte vit tout seul, sans carte, et tu n’as pas besoin de le regarder.

Tu peux même aller plus loin et laisser tous tes prélèvements dans l’ancienne banque (loyer ou crédit, assurances, énergie, téléphone), en ne déplaçant que la vie courante et le plaisir. C’est souvent la solution la plus simple, parce que les prélèvements sont la partie la plus pénible à transférer. J’explique dans quel ordre déplacer les comptes dans cet article sur le changement de banque.

Vérifier ce qu’on te facture encore

C’est l’étape qu’on oublie, et c’est pourtant celle qui fait vraiment économiser. Une fois que tu ne fais plus que passer une mensualité dans ton ancienne banque, tu n’as plus besoin de la carte haut de gamme, du « package » avec des options que tu n’utilises pas, ou de l’assurance des moyens de paiement.

Pour savoir ce que tu paies, le plus simple, c’est le récapitulatif annuel des frais. Ta banque doit te l’envoyer chaque année au mois de janvier, sur papier ou dans ton espace en ligne, avec le détail de ce qu’elle a prélevé l’année précédente. Avec ce document sous les yeux, tu peux demander à ne garder qu’un compte simple, sans carte. Une carte dont on ne se sert plus continue souvent d’être facturée, donc je la rendrais plutôt que de la laisser dormir au fond d’un tiroir. Pour les frais qu’on ne voit pas passer, j’en ai fait la liste ici.

Et si tu veux déplacer le prêt lui-même

C’est une autre histoire. Faire racheter ton crédit par une autre banque, ou le rembourser par anticipation, est toujours possible, mais ça a un coût. D’après la Banque de France, la banque peut réclamer une indemnité de remboursement anticipé, plafonnée à six mois d’intérêts sur le capital remboursé et à 3 % du capital restant dû. Ça ne vaut le coup que si l’écart de taux est important, et c’est une décision à part. Pour vivre ailleurs au quotidien, tu n’as pas besoin de toucher au prêt.

La gêne vis-à-vis du conseiller

C’est peut-être le vrai frein, et je le comprends. Dans une longue discussion sur un forum, des gens racontaient qu’une conseillère avait culpabilisé un couple parce qu’il avait pris ses cartes dans une banque en ligne. Et en face, la même phrase revenait d’un commentaire à l’autre, sous diverses formes : « Ce n’est pas une conseillère mais une commerciale. »

Je serais un peu plus nuancé. Un conseiller est payé pour vendre des produits de sa banque, c’est vrai, et ça ne te donne aucune obligation envers lui. Mais une bonne relation avec sa banque peut aussi servir le jour où on a un coup dur, c’est d’ailleurs pour ça que je garde moi-même une banque physique pour mes prélèvements et ma vie courante (j’explique pourquoi ici).

Du coup, je ne partirais pas en claquant la porte. Garder son prêt chez eux, et un compte qui le rembourse sans jamais d’incident, c’est rester un client correct. Tu peux le dire simplement : tu gardes ton crédit chez eux, tu as trouvé ailleurs une offre qui te convient mieux pour le quotidien, et tu aimerais un compte simple pour le remboursement. Si on essaie de te retenir avec une offre, tu as le droit de l’écouter, et voici comment refuser un produit sans braquer personne.

Sources