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Comment une banque en ligne peut être gratuite (et est-ce que ça va durer ?)

Quand on passe d’une banque classique à une banque en ligne, il y a souvent un petit moment de méfiance. Tu payais 10 ou 15€ par mois pour ton compte et ta carte, et du jour au lendemain, plus rien. Forcément, on se demande où est le piège. Sur un forum, quelqu’un posait exactement la question, et la réponse la plus sèche disait : « quand c’est gratuit c’est toi le produit. »

Je comprends le réflexe, mais je pense qu’il se trompe de cible ici. Une banque en ligne gagne de l’argent sans passer par ta cotisation. Déjà, elle n’a pas d’agences à payer. Ensuite, elle touche une commission sur chacun de tes paiements par carte (payée par le commerçant, pas par toi), elle fait travailler l’argent qui dort sur les comptes, et elle vend d’autres produits. La gratuité n’est pas un cadeau, c’est un calcul, et il tient plutôt bien.

Comment une banque en ligne peut-elle être gratuite ?

Elle économise le coût des agences et des conseillers. Et elle se rémunère autrement que par les frais de tenue de compte : une commission sur chaque paiement carte, versée par la banque du commerçant, les intérêts sur l’argent déposé par ses clients, les crédits, l’épargne et les options payantes qu’elle vend, et les frais d’incident.

Ce qu’elle ne paie pas

Le premier poste, c’est le plus évident. Une banque classique paie des agences dans toutes les villes, avec des loyers, du personnel, des guichets, des coffres. Une banque en ligne n’a rien de tout ça, ou presque. Le service client existe, mais il est centralisé. Et une bonne partie de ce qu’un conseiller faisait en agence (ouvrir un compte, commander une carte, changer un plafond), tu le fais toi-même dans l’appli.

C’est d’ailleurs pour ça que je ne vois pas la gratuité comme une arnaque. Tu fais toi-même une partie du travail, et l’économie t’est rendue sous forme de frais en moins. Ce n’est pas plus mystérieux qu’un billet de train moins cher quand on l’achète en ligne.

Ce qu’elle gagne à chaque fois que tu paies

C’est le poste que les gens connaissent le moins. À chaque fois que tu paies par carte chez un commerçant, sa banque verse une petite commission à la tienne. On appelle ça la commission d’interchange. Tu ne la vois jamais, elle est incluse dans ce que le commerçant paie pour accepter la carte.

En Europe, elle est plafonnée depuis 2015 à 0,2% du montant pour une carte de débit et 0,3% pour une carte de crédit. Sur un plein d’essence à 70€, ça fait 14 centimes. Dit comme ça, c’est ridicule, mais multiplié par des millions de clients et des dizaines de paiements par mois chacun, ça devient un vrai revenu.

Et du coup, une chose qui m’avait paru absurde au début prend tout son sens. Beaucoup de banques en ligne ne facturent la carte que si tu ne t’en sers pas. Chez Fortuneo, par exemple, la gratuité est conditionnée à au moins un paiement par carte par mois, et un retrait au distributeur ne compte pas. Un client qui ne paie jamais avec sa carte ne rapporte rien en commissions, donc la banque se rattrape autrement. Ce n’est pas méchant, c’est juste le modèle. J’ai listé ces conditions qu’on découvre trop tard, parce qu’elles valent le coup d’être connues avant d’ouvrir un compte.

Ce qu’elle gagne avec l’argent qui dort

Quand ton argent reste sur ton compte, il ne dort pas vraiment pour la banque. Elle peut le placer ou s’en servir pour prêter à d’autres clients, et elle touche des intérêts dessus, alors que ton compte courant ne te rapporte rien. Quand les taux sont hauts, ça rapporte beaucoup. C’est d’ailleurs pour ça que certaines banques en ligne ont commencé à rémunérer les comptes ou à faire des offres de bienvenue généreuses : attirer des dépôts leur rapporte.

Ce qu’elle te vend à côté

Le compte gratuit, c’est souvent la porte d’entrée. Ensuite viennent les crédits immobiliers et à la consommation, l’assurance-vie, les livrets, les assurances, et pour les néobanques, des formules payantes avec plus de services. Les frais d’incident (rejet de prélèvement, dépassement de découvert) restent facturés aussi, dans les limites fixées par la loi.

Pour moi, c’est là que se trouve le seul vrai « piège », et il n’a rien de caché. La banque espère qu’un client satisfait de son compte gratuit prendra un jour son crédit ou son assurance-vie chez elle. Rien ne t’y oblige. Et quand on te propose quelque chose, il y a une façon simple de décider sur place.

Et tes données ?

C’est l’idée derrière le « c’est toi le produit », qui vient des réseaux sociaux gratuits financés par la pub. Pour une banque, je n’ai rien trouvé qui ressemble à ce modèle, et ses revenus s’expliquent très bien sans ça. Les banques en ligne sont des banques comme les autres, avec les mêmes obligations de secret professionnel. Ça ne veut pas dire que tout est rose. Une appli bancaire te pousse quand même ses propres produits, à coups de notifications et d’offres, mais ça, c’est de la vente classique.

Est-ce que la gratuité va durer ?

L’autre crainte qui revenait sur ce forum, c’était celle d’un « vivier de client à facturer plus tard ». Honnêtement, je ne sais pas ce que les banques feront dans dix ans. Des conditions ont déjà bougé ici ou là, une carte qui devient payante sans paiement mensuel, une offre qui change de nom.

Mais je relativise pour deux raisons. La première, c’est qu’une banque doit te prévenir au moins deux mois avant d’appliquer de nouveaux tarifs, et que si tu refuses, tu peux résilier sans frais. Donc si l’offre se dégrade, tu as le temps de partir. La deuxième, c’est que les grandes banques en ligne françaises sont des filiales de grands groupes (BoursoBank appartient à Société Générale, par exemple). Et ton argent y est couvert par la garantie des dépôts jusqu’à 100 000€, comme dans n’importe quelle banque agréée. Pour les néobanques qui ne sont pas des banques au sens strict, c’est un peu différent, et je détaille ce point dans l’article sur leurs limites.

Pourquoi c’est là que je mets mon compte Plaisir

Chez moi, les comptes Prélèvements fixes et Vie courante sont dans une banque physique. Mon compte Plaisir, lui, est dans une banque en ligne, avec une carte gratuite. Je ne l’ai pas fait par idéologie, je trouve juste que c’est le compte où le modèle convient le mieux.

Le compte Plaisir sert à payer par carte, souvent, des petites sommes, donc la condition d’usage est remplie sans y penser. J’ai besoin de voir le solde bouger en direct, et l’appli le fait très bien. Et si un jour l’offre ne me plaît plus, je peux le déplacer en une soirée, parce qu’aucun prélèvement ne dépend de lui. Le compte des prélèvements, à l’inverse, ne paie rien par carte, et c’est celui où je veux pouvoir appeler quelqu’un le jour où ça coince. J’explique pourquoi je garde une banque physique à côté, et comment répartir les 3 comptes entre plusieurs banques.

Sources