Quotidien

Le budget transport : garder la voiture ou pas

J’avais 22 ans, je venais de commencer à travailler, et ma voiture est tombée en panne. La grosse panne, celle où le garagiste prend un air désolé avant de t’annoncer 1 000€. Je n’avais pas cette somme et j’avais besoin de la voiture pour aller bosser, donc j’ai fait un prêt à ma banque pour payer la réparation.

Quelques mois plus tard, elle est retombée en panne. Je m’en suis débarrassé en ayant encore le crédit de la réparation à rembourser.

C’est probablement le meilleur résumé de ce qu’est une voiture dans un budget : un poste où tu paies des choses bien après avoir cessé d’en profiter.

Le chiffre que personne ne calcule

Quand on parle du coût d’une voiture, tout le monde pense à deux lignes : l’essence et l’éventuelle mensualité de crédit. C’est à peu près un tiers de la réalité.

Le vrai total, c’est l’assurance, le contrôle technique, l’entretien courant, les pneus, le stationnement quand tu n’as pas de place, les réparations qui tombent, et surtout la décote, c’est-à-dire ce que ton véhicule perd en valeur pendant que tu le possèdes. Cette dernière ligne n’apparaît sur aucun relevé bancaire, et c’est souvent la plus lourde.

Fais l’addition sur douze mois, divise par le nombre de trajets que tu fais réellement, et tu obtiens un prix au trajet qui surprend à peu près tout le monde. Ce n’est pas un exercice pour te culpabiliser, c’est un exercice pour décider en connaissance de cause, exactement comme quand tu découvres que ta boulangerie du matin représente 84€ par mois.

Où ça se range dans les comptes

Dans la méthode des 3 comptes, le transport se répartit sur deux comptes, et c’est une des rares dépenses dans ce cas.

Ce qui est prévisible et automatique va sur les prélèvements fixes : l’assurance, le crédit s’il y en a un, l’abonnement de transports en commun, le stationnement mensuel. Ce qui est consommé au fil du mois va sur la vie courante : l’essence, les tickets, les péages.

Ce qui ne va jamais sur le compte plaisir, c’est l’entretien et les réparations. C’est l’erreur classique, et elle est logique puisque ce sont des dépenses irrégulières. Mais faire payer une révision par le budget des restos, c’est se garantir un mois désagréable et une envie de repousser l’entretien, ce qui coûte plus cher ensuite. Ces dépenses-là relèvent de la réserve d’imprévus, au même titre que l’électroménager qui lâche.

La question n’est pas “voiture ou pas”

Le débat est souvent posé de façon binaire, et c’est ce qui le rend inutile.

Une voiture, dans beaucoup d’endroits, n’est pas un choix. Si tu habites une zone mal desservie, si tu travailles en horaires décalés, si tu as des enfants à déposer à deux endroits différents avant 8h30, la question ne se pose pas. Les gens qui expliquent qu’on peut très bien s’en passer habitent généralement à dix minutes d’un métro.

La vraie question, c’est : combien de véhicules, et lequel.

Pour un couple, passer de deux voitures à une, c’est le levier le plus puissant du poste, et de très loin. Tu supprimes une assurance entière, un entretien entier, une décote entière. C’est le genre de décision unique qui produit un effet permanent sans demander la moindre vigilance ensuite, et c’est exactement le type d’économie que je privilégie.

Sur le véhicule lui-même, mon expérience de l’occasion est mitigée et je ne veux pas la survendre. Un ordinateur reconditionné officiellement m’a duré dix ans, deux téléphones reconditionnés par une plateforme tierce ont été décevants. La qualité dépend entièrement de qui reconditionne, et une voiture d’occasion suit la même logique : ce que tu achètes, c’est un historique d’entretien, pas un kilométrage.

Le calcul du crédit auto

Il y a un raisonnement que j’applique au téléphone et qui vaut aussi ici.

Pour mon forfait mobile, je paie 10€ par mois sans engagement et j’achète l’appareil comptant. Un forfait à 50€ sur 24 mois représente 1 200€ contre 240€, et même en payant un téléphone 500€, je reste largement gagnant. Surtout, je peux partir quand je veux. Le raisonnement complet est ici.

Sur une voiture, le principe est identique mais les montants sont dix fois plus gros. Une mensualité te fait raisonner en flux mensuel confortable, alors que ce qui compte est le total payé et ce que tu récupères à la fin. C’est aussi un engagement qui apparaît sur ton relevé, et si tu prépares un achat immobilier, il réduit directement ta capacité d’emprunt.

Ce que je retiens de ma panne à 22 ans

Ce n’est pas que j’ai eu tort de réparer, je n’avais pas le choix, j’en avais besoin pour travailler.

Ce que j’en retiens, c’est que je n’avais aucune réserve, et que c’est ça qui a transformé une panne en crédit. Avec 1 000€ de côté, l’épisode aurait été désagréable et se serait arrêté là. Sans rien, il a produit une dette qui a survécu à la voiture elle-même.

Le poste transport est celui où le manque de réserve coûte le plus cher, parce que les pannes ne préviennent pas et qu’on ne peut généralement pas les reporter. Si tu dois choisir un premier objectif d’épargne, mets-le là.

Et si tu envisages d’adopter un animal, le même raisonnement sur le coût total s’applique.

Et si la réponse est oui, une voiture se prépare comme un projet : j’explique comment épargner pour la prochaine, pour éviter de signer un crédit le jour où l’ancienne lâche.