Fêtes et cadeaux

Offrir d'occasion à Noël : ce qui passe, ce qui ne passe pas

Tu as repéré le cadeau parfait sur un site de seconde main, à moitié prix, et une petite voix te dit que ça ne se fait pas. Offrir d’occasion à Noël, pour beaucoup de gens, ça reste vaguement honteux, comme si on avait voulu économiser sur la personne. Je pense que cette gêne vise la mauvaise cible.

Ma position est simple : l’occasion passe très bien pour la plupart des cadeaux, à une condition, ne jamais la faire passer pour du neuf. Ce qui met mal à l’aise, en fait, ce n’est pas l’objet qui a déjà servi, c’est l’impression d’avoir été trompé. Dit franchement, un cadeau d’occasion bien choisi vaut largement un cadeau neuf choisi à la va-vite le 23 décembre.

Est-ce que ça se fait d’offrir d’occasion à Noël ?

Oui, et de plus en plus. Ça passe très bien pour les jeunes enfants, les livres, les jeux, l’électronique reconditionnée ou les objets de collection, surtout quand on le dit simplement. Ça passe moins bien avec quelqu’un qu’on connaît peu ou qui tient au neuf. Le seul vrai faux pas, c’est de cacher que c’est d’occasion.

Ce qui passe sans problème

Les jouets pour les petits, d’abord. Un enfant de 3 ans se fiche complètement de savoir si sa ferme en bois a déjà appartenu à quelqu’un, il veut juste la ferme. Et comme les jouets de cet âge servent quelques mois avant d’être délaissés, on en trouve beaucoup en très bon état. Je ferais juste attention à deux choses : les jouets trop anciens, qui ne respectent pas forcément les règles de sécurité actuelles, et les petites pièces qui se détachent pour les tout-petits. Un coup d’œil sur le site officiel Rappel Conso permet de vérifier qu’un modèle n’a pas été rappelé (mais l’absence de rappel ne garantit pas tout, surtout pour un jouet usé).

Les livres, ensuite. Un livre d’occasion en bon état, c’est le même livre. Et pour les beaux livres, les bandes dessinées ou les éditions épuisées, l’occasion est parfois la seule façon de trouver ce qu’on cherche.

Les jeux de société et les jeux vidéo, à condition de vérifier qu’il ne manque rien (le pion perdu, c’est le grand classique). Les objets de collection et le vintage aussi, et là l’occasion devient carrément un argument, puisqu’un vinyle original ou un appareil photo argentique n’existe tout simplement plus en neuf.

Et l’électronique reconditionnée. Un téléphone ou une tablette reconditionnée, achetée chez un vendeur professionnel, c’est probablement le cas où l’économie est la plus nette (souvent plusieurs centaines d’euros). J’ai raconté mes bonnes et mes mauvaises expériences avec l’occasion et le reconditionné, et je pense que la qualité varie beaucoup d’un vendeur à l’autre. Pour un cadeau, je ne prendrais pas le moins cher de la liste.

Ce qui passe moins bien

Les vêtements pour adultes, d’abord, mais pas parce qu’ils sont d’occasion. Un vêtement, c’est déjà un cadeau risqué en neuf (la taille, le goût), et l’occasion ajoute un problème : on ne peut pas l’échanger. Pour un bébé ou un jeune enfant, en revanche, je n’hésiterais pas une seconde, vu la vitesse à laquelle ils grandissent.

Ce qui touche au corps ou à l’hygiène, aussi : cosmétiques entamés, literie, casque de vélo (un casque qui a pris un choc peut être abîmé sans que ça se voie). Là, je n’irais pas.

Et puis il y a la question des personnes. Avec ses enfants, son conjoint, ses amis proches ou une famille qui pratique déjà la seconde main, l’occasion passe sans même qu’on en parle. Avec une belle-famille récente, un collègue dans un échange de cadeaux ou quelqu’un dont on sait qu’il tient au neuf, je serais plus prudent. Ce n’est pas que ce soit mal, c’est que le message risque d’être mal compris. Dans ces cas-là, un petit cadeau neuf vaut mieux qu’un gros cadeau d’occasion qui met tout le monde mal à l’aise.

Comment le présenter

Le dire, tout simplement, et sans s’excuser. « Je l’ai trouvé d’occasion, il était en parfait état » suffit. Je trouve même que ça peut devenir une partie du cadeau : « ça faisait des semaines que je cherchais cette édition » raconte quelque chose que le même objet acheté neuf en trois clics ne raconte pas.

Ce que j’éviterais à tout prix, c’est de retirer les traces, de remettre l’objet dans un emballage neuf ou de laisser croire qu’il vient d’un magasin. Le jour où ça se découvre (une dédicace oubliée dans un livre, une rayure, la personne qui veut l’échanger), la gêne est bien pire que si tu l’avais dit dès le départ.

Et pense à l’échange. Un cadeau d’occasion acheté à un particulier ne s’échange pas, donc je le réserverais aux cadeaux dont je suis à peu près sûr. Pour le reste, les règles pour rendre un cadeau de Noël dépendent beaucoup de l’endroit où il a été acheté.

Les garanties, selon où tu achètes

C’est le point que peu de gens regardent, et pourtant il change beaucoup de choses.

Quand tu achètes d’occasion ou reconditionné chez un vendeur professionnel, tu as la garantie légale de conformité, comme pour du neuf. Tu as deux ans pour agir. La différence, c’est que pour un bien d’occasion (et la loi range le reconditionné dans l’occasion), un défaut n’est présumé exister dès l’achat que pendant les douze premiers mois. Au-delà, c’est à toi de prouver qu’il était déjà là. Donc, en pratique, c’est surtout la première année qui compte.

Quand tu achètes à un particulier, il n’y a pas de garantie de conformité. Il reste la garantie des vices cachés, qui s’applique à tous les vendeurs, mais elle demande de prouver un défaut caché et grave, et je trouve qu’elle sert peu pour un objet à 30€. Pour de l’électronique destinée à un cadeau, c’est pour ça que je passerais par un vendeur professionnel, quitte à payer un peu plus.

Garde aussi la facture. Si le cadeau tombe en panne dans les mois qui suivent, c’est elle qui permettra de faire jouer la garantie auprès du vendeur.

Un exemple avec des chiffres

Alice et Nathan ont prévu 400€ de cadeaux pour Noël. En passant par l’occasion pour une partie de la liste (une tablette reconditionnée pour leur fille, des livres et un jeu de société pour les neveux), ils économisent environ 150€ sur ce qu’ils auraient payé en neuf.

Leur choix, c’est de garder les cadeaux des beaux-parents et du tirage au sort au bureau en neuf, parce qu’ils ne savent pas comment ce serait pris. Et les 150€ économisés, ils ne les redépensent pas en cadeaux supplémentaires : ils restent sur le compte. C’est souvent là que l’économie s’évapore, quand on se dit « du coup, je peux en prendre un deuxième ».

Dans les 3 comptes

Les cadeaux de Noël se paient avec l’argent mis de côté chaque mois pour l’occasion (j’explique comment provisionner les fêtes dans le budget), et l’occasion ne change rien à ce circuit. Elle permet juste de faire tenir plus de choses dans la même enveloppe, ou la même liste dans une enveloppe plus petite.

Le seul piège, c’est d’acheter d’occasion au fil de l’eau, dès octobre, une affaire par-ci, une trouvaille par-là, sans jamais faire le total. Moi, je fixerais d’abord combien dépenser pour Noël, personne par personne, et je chercherais ensuite d’occasion ce qui peut l’être. L’occasion sert à respecter le budget, pas à le faire grossir sans qu’on s’en aperçoive.

Sources