Couple et partage

, mis à jour le

Gérer son budget en colocation sans y laisser des amitiés

J’ai passé une semaine dans un logement loué avec un pote, et on a utilisé une application de partage de dépenses pour suivre qui payait quoi. Ça a parfaitement marché. Personne n’a eu à faire de calculs mentaux, et on a réglé les comptes à la fin sans que ça prenne dix minutes.

C’est à peu près la seule situation où je recommande ce genre d’outil sans réserve. En couple avec un compte commun, ça ne sert strictement à rien, et ça introduit même une comptabilité entre deux personnes qui n’ont aucune raison de se compter. En colocation, c’est l’inverse, c’est indispensable.

La différence tient à une chose, et elle vaut pour toute la suite.

Comment gérer son budget en colocation ?

À mon avis, il faut éviter le compte joint et répartir plutôt les charges : chacun paie une ou deux factures à son nom, et une application de partage de dépenses calcule qui doit quoi. Ta part de régularisation part en virement automatique chaque mois, et le pot commun se limite aux consommables du logement.

Une colocation n’est pas un foyer

Je pense que ce principe explique presque toutes les erreurs qu’on fait en colocation.

Dans un couple qui vit ensemble, l’argent finit par être commun parce que la vie est commune. Chez nous, tout passe par les mêmes comptes, il n’y a pas de budget perso, et personne ne compte qui a payé le resto. Ça fonctionne parce que le projet est le même et qu’il est censé durer.

Une colocation, non. C’est un arrangement pratique entre des gens qui ont chacun leur trajectoire, leurs revenus et leurs projets (et une date de départ qui peut être très différente). Les colocataires partagent des murs, pas un avenir financier.

Du coup, tout ce qui se règle en couple par la mise en commun doit ici se régler par la traçabilité. On ne le fait pas par méfiance, mais parce que c’est ce qui permet de ne jamais avoir à en parler.

Le compte joint de colocation, la fausse bonne idée

C’est la première chose à laquelle tout le monde pense, et je trouve que c’est une erreur dans la grande majorité des cas.

Sur le papier, c’est séduisant. Chacun vire sa part en début de mois, les charges partent de là, on n’y pense plus. En pratique, un compte joint engage juridiquement tous les titulaires, y compris pour un découvert creusé par un seul. Si l’un part, oublie de virer sa part ou traverse une mauvaise passe, les autres sont solidaires. Honnêtement, ça me paraît une prise de risque énorme pour un arrangement dont personne ne sait s’il durera un an.

Ce qui marche mieux est beaucoup plus bête. Un colocataire prend en charge une charge entière, un autre en prend une autre, et on équilibre par des virements. Par exemple, le loyer pour l’un, l’énergie et internet pour l’autre, les courses communes pour un troisième. Chacun paie ce qui est à son nom, personne n’est engagé pour personne, et l’application sert à égaliser à la fin du mois.

Comment la méthode des 3 comptes s’adapte

En colocation, la structure ne change pas, c’est le contenu du premier compte qui bouge.

Sur ton compte de prélèvements fixes, tu mets ta part de loyer, ta part de charges, et surtout ton virement mensuel vers le colocataire qui avance les factures. Pour moi, c’est le point important. Cette régularisation n’est pas une variable, c’est une charge fixe, et elle doit partir automatiquement au même titre que le loyer. Tant qu’elle dépend de ta bonne volonté en fin de mois, elle finira par être en retard (et c’est comme ça que les tensions démarrent).

Sur ta vie courante, tu mets ta part de courses communes, plus tes courses à toi. Ton compte Plaisir, lui, reste strictement à toi. C’est même un des rares avantages de la colocation sur le couple, personne ne discute ce que tu en fais.

Le poste qui fâche : les courses communes

C’est là que se logent la plupart des embrouilles de colocation, et en fait le problème n’est jamais l’argent.

Deux personnes n’ont pas le même rapport à ce qu’elles mangent. Je le sais parce que chez nous, on assume un budget courses élevé pour la qualité de ce qu’on met dans l’assiette. En revanche, on est très économes sur le non-alimentaire, où c’est marque distributeur sans état d’âme. C’est un choix, et il est discutable. Si tu partages un panier avec quelqu’un qui fait l’arbitrage inverse, la note commune devient un sujet permanent.

Le plus simple, à mon avis, c’est de réduire le périmètre commun au strict minimum. Ce qui est vraiment collectif et non discutable, c’est le papier toilette, les produits d’entretien, la lessive, éventuellement les basiques. Pour tout le reste, chacun le sien. Un pot commun de 20 ou 30€ par personne et par mois pour ces consommables suffit, et tu supprimes d’un coup la moitié des occasions de tension.

Ce qu’il vaut mieux régler quand tout va bien

Il y a deux choses que je réglerais dès le début, parce qu’elles se règlent très mal quand ça va mal.

La première, c’est le départ de quelqu’un. Que se passe-t-il si un colocataire part en cours de bail, et qui prend sa part en attendant de le remplacer ? Avec un bail unique qui contient une clause de solidarité, ceux qui restent doivent la totalité du loyer, part du partant comprise. Et le partant reste lui-même solidaire jusqu’à six mois après la fin de son préavis, sauf si un nouveau colocataire le remplace sur le bail avant. C’est le genre de détail qu’on lit après coup, évidemment.

La deuxième, c’est la caution. Qui a payé quoi, et qui récupère quoi à la sortie ? Note-le quelque part le jour de l’entrée dans le logement, parce que deux ans plus tard, personne ne s’en souviendra. C’est typiquement de l’argent qui est sorti et qui reviendra, et qui ne doit pas être compté comme dépensé.

Un bon arrangement, à condition d’être carré

Financièrement, je trouve la colocation excellente. Le logement est le poste le plus lourd d’un budget, et le partager change la vie de gens qui ne pourraient pas se loger seuls dans la même ville.

Le prix à payer, c’est la rigueur. Tout ce qui est flou finit par se transformer en rancune silencieuse, et c’est presque toujours pour des sommes ridicules. Une application, une règle claire sur ce qui est commun et un virement automatique pour la régularisation, ça se met en place le premier mois, et ensuite tu n’as plus jamais à en parler.

Sources