📊 La Méthode

Faire soi-même ou payer quelqu'un : où je mets la limite

Le faire soi-même n'est jamais gratuit. Les trois questions que je me pose avant de décider si j'y passe mon week-end ou si je sors la carte bleue.

On a déménagé une bonne dizaine de fois, tous les trois ans pendant longtemps, tous les cinq ans depuis. À chaque fois, on l’a fait nous-mêmes, avec un camion loué et des potes. Et à chaque fois, quelqu’un finit par dire la même phrase : “au moins, ça ne coûte rien.”

Ça coûte quelque chose. Un déménagement entre potes, tu es six ou huit sur la journée, il faut nourrir tout le monde à midi, prévoir les bières du soir et un minimum de remerciements. Entre 80 et 100€ rien que là-dessus. Ajoute le camion, l’essence, les cartons, et tu n’es plus du tout dans le gratuit. Tu es juste moins cher qu’un déménageur professionnel, ce qui n’est pas la même chose.

Cette phrase-là, “ça ne coûte rien”, c’est exactement le raisonnement que j’essaie de ne plus faire.

Ce que tu paies vraiment quand tu fais toi-même

Quand tu décides de faire quelque chose toi-même, tu paies avec trois monnaies différentes, et une seule apparaît sur ton relevé bancaire.

Tu paies en argent, malgré tout. Le matériel, la location, les consommables, la nourriture des gens qui t’aident. C’est la partie visible, et souvent la plus petite.

Tu paies en temps. Un week-end complet, parfois deux. Ce temps-là a une valeur qui varie énormément selon ta situation : quand tu es jeune, célibataire, avec des samedis à occuper, elle est faible. Quand tu as un enfant de 7 ans et deux jours de repos par semaine, elle devient sérieuse.

Et tu paies en énergie, ce qui est encore autre chose. Le soir d’un déménagement fait soi-même, tu es sur les rotules, les cartons sont partout, et tu n’as plus la moindre ressource pour t’installer. J’ai mis longtemps à comprendre que cette fatigue-là avait un coût réel, parce qu’elle se transforme en livraisons le soir, en courses ratées, en trucs remis à plus tard qui finissent par coûter de l’argent.

Les trois questions que je me pose

Avec le temps, j’ai fini par ramener la décision à trois questions. Elles ne donnent pas toujours la même réponse, et c’est justement l’intérêt.

Est-ce que je le fais une fois, ou est-ce que ça revient ?

C’est ma question principale, et c’est aussi celle qui structure ma réflexion sur la charge mentale. Une tâche qu’on fait une fois, même pénible, même longue, je la prends. Un déménagement, ça dure un week-end et c’est fini pour cinq ans. Une tâche qui revient toutes les semaines et qui demande de la vigilance permanente, je me méfie beaucoup plus, parce que c’est là que j’abandonne au bout de trois mois.

Quand on attendait notre fils, on a regardé sérieusement les couches lavables. L’économie est réelle, elle se compte en centaines d’euros. On a dit non, parce que ce n’était pas une décision unique, c’était une contrainte quotidienne pendant deux ans. À l’inverse, on a acheté un appareil à purées maison et on a fait les purées nous-mêmes, parce que c’était une routine courte, sur une période limitée, et qu’on y voyait un intérêt qui dépassait l’argent.

Est-ce que je sais faire, ou est-ce que je vais apprendre en cassant ?

Il y a une différence entre une tâche que tu fais mal et une tâche que tu rates. Peindre un mur de travers, ce n’est pas grave. Toucher à l’électricité sans savoir, c’est un autre sujet. Et entre les deux, il y a toute une zone où faire soi-même donne un résultat correct mais fragile, qu’il faudra refaire dans deux ans.

C’est là que je me fais avoir le plus souvent, et c’est une fausse économie classique : tu compares le prix d’un pro avec le prix de ton bricolage, alors qu’il faudrait comparer le prix d’un pro avec le prix de ton bricolage plus le prix de la reprise.

Est-ce que ça va vraiment se faire ?

La question la plus honnête des trois. Beaucoup de choses qu’on décide de faire soi-même ne se font jamais. Elles restent dans un coin de la tête, elles reviennent tous les mois dans les conversations, et six mois plus tard le problème est toujours là. Dans ce cas, ce n’est plus un arbitrage entre payer et faire, c’est un arbitrage entre payer et ne rien faire du tout.

Le mariage, l’exemple où on a fait les deux

Pour notre mariage, on n’a pas pris de wedding planner. On a fait la déco nous-mêmes, on a limité le nombre d’invités, on a organisé les choses à la main. Ça a demandé du temps, mais c’était une période où on en avait, et surtout c’était le genre de travail qu’on avait envie de faire.

En revanche, on n’a pas cuisiné le repas. On a pris un traiteur, on a pris un DJ. À aucun moment on ne s’est dit qu’on allait s’en occuper nous-mêmes, parce que ce sont des tâches à faire le jour J, un jour où tu es censé être disponible pour autre chose. Le détail de qui a payé quoi est ici, mais la logique de tri était celle-là : ce qui se prépare à l’avance et à froid, on le fait, ce qui se joue le jour même, on le délègue.

Et le camion de déménagement suit la même règle inversée. Je loue volontairement le plus gros, un 20m³ avec hayon accessible en permis B, alors qu’il coûte plus cher à la journée. Un seul voyage au lieu de trois, et une soirée où il reste assez d’énergie pour commencer à s’installer. C’est un des postes où je paie plus cher exprès, et je n’ai jamais regretté.

Comment ça se traduit dans le budget

Une chose que j’ai apprise à mes dépens : le “je vais le faire moi-même” ne doit pas servir à ne pas budgéter une dépense.

Si tu prévois de repeindre l’appartement toi-même, mets quand même la peinture, le matériel et les week-ends dans ta projection. Sinon, tu arrives au moment où tu réalises que tu n’y arriveras pas, tu appelles un artisan, et tu te retrouves à absorber la facture sur ton compte plaisir parce que rien n’était prévu ailleurs. C’est comme ça qu’un choix raisonnable se transforme en mois pourri.

Ma règle, c’est de budgéter la version “je paie quelqu’un”, et de considérer l’argent économisé en faisant moi-même comme un bonus. Dans l’autre sens, tu n’as aucune marge, et la moindre défaillance te coûte deux fois.