Pendant longtemps, quand on déménageait, je louais le plus petit camion possible. Ça me paraissait évident, moins cher à la journée, donc moins cher tout court. Sauf qu’un petit camion, ça veut dire deux voyages, parfois trois. Tu charges, tu roules, tu décharges, tu repars, tu recharges, et tu y passes la journée entière. Le soir tu es sur les rotules, l’appartement est un champ de cartons, et tu n’as plus une once d’énergie pour t’installer.
Aujourd’hui on prend le plus gros camion possible tant qu’on reste sur le permis B, un 20m³ avec hayon. Ça nous coûte 100 à 200€ de plus à la location. On fait un seul voyage, on a terminé en début d’après-midi, et il nous reste assez de jus pour monter le lit le soir même.
Ce choix-là va contre à peu près tout ce qu’on lit sur la gestion de budget. Le conseil universel, c’est de comparer, d’optimiser, de traquer le moins cher sur chaque ligne. Chez moi il y a quatre ou cinq postes où je paie volontairement plus que le minimum, en toute conscience. Et c’est précisément ce qui fait que le reste tient.
Ma banque me coûte de l’argent, et je ne compte pas changer
Mes comptes prélèvements et vie courante sont dans une banque physique. Je paie des frais de tenue de compte, je paie une cotisation carte, et je sais très bien qu’une banque en ligne me ferait économiser 50 à 100€ par an sans que je perde grand-chose au quotidien.
Sauf qu’il y a quelques années, on s’est retrouvés à zéro revenu du jour au lendemain, ma femme et moi. J’ai appelé en disant que c’était urgent, on a eu un rendez-vous rapidement, et notre conseillère nous a accordé un découvert exceptionnel de 1 000€ pendant un an. Sans dossier, sans justificatifs, sur une conversation. Elle pouvait faire ça parce que j’étais client depuis cinq ans, qu’on la connaissait depuis deux ans, et qu’on se voyait deux ou trois fois par an pour des sujets banals.
Ces frais bancaires, je les vois comme une prime d’assurance. Pas une assurance qui couvre un objet, une assurance qui couvre le fait d’avoir quelqu’un à qui parler quand ça tourne mal. J’en parle plus en détail dans l’article sur les frais bancaires, mais l’idée est simple : le jour où j’en ai eu besoin, cette relation valait largement dix ans de cotisation.
Mon compte plaisir, lui, est sur une néo-banque gratuite. Là, je n’ai besoin de personne, j’ai juste besoin de voir mon solde en temps réel.
Mes assurances sont toutes au même endroit
Voiture, habitation, tout chez le même assureur. Je pourrais probablement gratter quelques dizaines d’euros par an en éclatant mes contrats chez trois prestataires différents, chacun étant le meilleur sur son créneau.
Je ne le fais pas, et je l’assume. Quand j’ai un problème, j’ai un interlocuteur, un numéro, un espace client. Je n’ai pas à chercher quel contrat couvre quoi, ni qui appeler, ni où envoyer les documents. Le jour où il faut déclarer un sinistre, je suis déjà assez occupé par le sinistre lui-même.
Je suis d’ailleurs assez peu exemplaire sur ce poste, parce que je ne compare pas non plus d’une année sur l’autre. Je sais que je devrais, tout le monde le sait, et peu de gens le font. Mais entre le fait de payer un peu trop et le fait de m’ajouter une corvée annuelle que je vais repousser six fois, j’ai choisi.
Les courses, poste assumé
Avec ma femme, on a testé pas mal de méthodes pour faire baisser le budget courses. Le budget fixe par semaine, genre 80€ et pas un centime de plus. La liste stricte qu’on suit à 100%. Le drive pour éviter les tentations en rayon.
Chacune de ces méthodes fonctionnait, dans le sens où elle faisait effectivement baisser la note. Mais aucune ne répondait à ce qu’on voulait vraiment, parce que ce qu’on voulait, ce n’était pas dépenser moins, c’était bien manger au meilleur prix possible. Ce sont deux objectifs différents, et ils ne mènent pas aux mêmes courses.
Aujourd’hui on met le budget qu’il faut sur les fruits et légumes, sur la viande et le poisson, et on limite au maximum les produits transformés. C’est un choix santé avant d’être un choix financier. Le budget courses est plus élevé que la moyenne des articles qu’on lit sur le sujet, et on ne culpabilise plus dessus.
En revanche, sur tout ce qui ne se mange pas (les produits d’entretien, le papier toilette, la lessive), c’est marque distributeur sans état d’âme. La qualité fait le boulot, et payer plus cher ne m’apporterait rien du tout.
Le reconditionné officiel plutôt que la plateforme
Il y a longtemps, j’avais besoin d’un Mac et je n’avais pas le budget du neuf. J’ai acheté sur le site Apple Reconditionné, qui est plus cher que les plateformes de reconditionnement classiques. J’ai eu un peu peur au moment de valider, en me demandant si j’allais recevoir un truc bancal ou un modèle en fin de vie.
Ce Mac m’a servi dix ans.
Quelques années plus tard, on a voulu prendre des téléphones reconditionnés sur une plateforme moins chère, où ce sont des revendeurs tiers qui vendent. On en a acheté deux, et on n’a pas du tout été satisfaits. La qualité reçue n’était pas au niveau de ce qu’on attendait.
Depuis, sur la tech que j’utilise tous les jours pendant des années, je paie la différence pour du reconditionné officiel ou du neuf. Sur les vêtements du petit, les jouets, les livres, c’est l’inverse, on va sur l’occasion sans hésiter et on revend ce dont il ne veut plus.
Le point commun de ces quatre choix
En les mettant côte à côte, je me rends compte qu’ils obéissent tous à la même logique. Dans chaque cas, je paie un supplément pour supprimer quelque chose qui me coûterait ailleurs, et cet ailleurs n’est presque jamais de l’argent.
Le gros camion m’achète une demi-journée et de la fatigue en moins. La banque physique m’achète une porte à laquelle frapper. L’assureur unique m’achète l’absence de recherche le jour où ça va mal. Les courses de qualité m’achètent le fait de ne plus culpabiliser en caisse. Le reconditionné officiel m’achète dix ans sans galère au lieu de deux ans de déception.
C’est ça que les articles d’optimisation ratent presque toujours. Ils comparent des prix, alors que la vraie comparaison se fait entre un prix et une charge mentale. Et la charge mentale, c’est exactement ce qui fait abandonner les systèmes budgétaires au bout de trois mois.
Où je ne paie surtout pas plus cher
Pour être clair, je ne fais pas ça partout. Mon forfait téléphone est à une dizaine d’euros par mois, sans engagement, et j’achète mes téléphones cash précisément pour ne jamais être coincé. Je n’ai pas d’assurance téléphone, je mets une coque et j’assume de payer si je le casse. Je n’ai pas de carte premium sur mon compte plaisir, et pas de carte du tout sur mon compte prélèvements, puisque je n’y paie jamais rien par carte.
Sur ces postes-là, payer plus ne m’apporterait strictement rien. C’est de la dépense pure, sans contrepartie en tranquillité.
Comment savoir où mettre le curseur
Si tu veux faire le tri chez toi, la question à te poser n’est pas “est-ce que je peux payer moins cher”. La réponse est presque toujours oui. La question, c’est plutôt : qu’est-ce que je récupère en payant plus, et est-ce que ça vaut l’écart ?
Si tu récupères du temps, de l’énergie, de la sérénité ou une porte de sortie en cas de coup dur, ça vaut souvent le coup. Si tu récupères juste du prestige, une garantie que tu as déjà ailleurs ou un service que tu n’utiliseras pas, c’est de l’argent qui s’en va.
Et une fois que tu as fait ce tri, la méthode des 3 comptes s’occupe du reste. Tes choix assumés rentrent dans tes montants, tu ne les remets plus en question chaque mois, et tu arrêtes de culpabiliser sur des lignes que tu as décidées en conscience.