Notre fils a 7 ans. C’est l’âge où on commence à vraiment pouvoir aborder la question de l’argent avec lui de façon concrète. Pas des grands concepts abstraits, juste des choses simples qu’il peut comprendre et appliquer dans sa vie de tous les jours.
On n’a pas de méthode révolutionnaire. Juste des petites habitudes qu’on a mises en place, qui marchent plutôt bien pour nous.
L’argent de poche et la notion de mois
Il a commencé à avoir un peu d’argent de poche il y a quelque temps. Rien d’énorme, mais suffisamment pour qu’il apprenne la notion de “j’ai de l’argent à moi, je décide quoi en faire”.
Ce qu’on lui a expliqué en même temps, c’est comment fonctionne un salaire. Qu’un salaire, ça revient une fois par mois, pas tous les jours. Donc quand il a dépensé son argent de poche au milieu du mois, il doit attendre le début du mois suivant pour en avoir à nouveau.
Cette notion-là, c’est fondamentale. Parce que c’est exactement comme ça que fonctionnent nos propres revenus d’adultes. Si tu dépenses tout trop vite, tu dois attendre. Y’a pas de solution magique.
Il a intégré ça assez vite. Maintenant, quand on est en sortie et qu’il veut acheter quelque chose, il sait que s’il a déjà dépensé son argent, il devra patienter. Ça le frustre parfois, mais il comprend que c’est comme ça.
La notion de “combien ça coûte”
L’autre truc important, c’est de lui donner une idée concrète de ce que valent les choses.
Ce qu’on fait, c’est qu’on lui explique la différence entre un petit cadeau du quotidien et un “gros cadeau”. Les gros cadeaux, c’est pour Noël ou pour son anniversaire. Le reste de l’année, c’est plutôt des petites choses.
Il comprend assez bien cette distinction. Quand il veut un jouet qui est clairement “gros”, on lui dit “ça, c’est un cadeau pour Noël ou pour ton anniversaire”. Et il accepte, parce qu’il a intégré qu’il y a des moments dans l’année pour ça.
C’est une façon simple de lui faire intégrer la notion de budget, sans avoir à lui parler de chiffres exacts. Tous les jouets ne sont pas accessibles n’importe quand, et c’est normal.
Quand on dit non : l’astuce de la photo
C’est probablement notre meilleure trouvaille. Quand il veut quelque chose et qu’on lui dit “non, pas maintenant”, avant, il se mettait à pleurer ou à insister, puis il oubliait deux jours plus tard. Et nous aussi, on oubliait.
Du coup, on a mis en place une règle simple : quand on dit non, on prend une photo.
La photo, c’est pour qu’il ne l’oublie pas. On lui dit : “Ce jouet, tu l’auras peut-être plus tard. Pour ne pas l’oublier, on prend une photo.”
Ça calme la frustration immédiate, parce qu’il sent qu’on l’a écouté. C’est pas un “non” définitif et violent, c’est un “pas maintenant, mais on y pense”.
Et ça permet aussi de trier naturellement. Une partie des trucs photographiés, il ne les redemande jamais. Parce que l’envie était passagère, exactement comme chez nous, les adultes, quand on utilise la règle des 24/48h avant un achat.
Les trucs qu’il nous redemande vraiment, par contre, on sait que c’est une envie sérieuse. Et là, on peut en faire un cadeau d’anniversaire ou de Noël. Ou lui proposer d’économiser son argent de poche pour se l’acheter lui-même.
Les cadeaux, l’occasion de parler budget
Quand il veut faire un cadeau à quelqu’un (pour la fête des mères, pour l’anniversaire d’un cousin), on en profite aussi pour parler argent.
On lui demande combien il veut mettre. Il a son petit budget, il doit choisir. Ce qui est intéressant, c’est qu’il commence à comprendre qu’un cadeau, c’est un choix, pas une commande illimitée. Et qu’il y a des cadeaux qui ont plus de valeur que d’autres, pas forcément parce qu’ils coûtent plus cher, mais parce qu’on y a réfléchi.
Ce qu’on évite de faire
On ne fait pas de l’argent un sujet tabou. Mais on n’en fait pas non plus un sujet obsessionnel. L’idée, c’est d’en parler naturellement, quand ça se présente.
On évite aussi de le faire culpabiliser. Quand il veut quelque chose qu’on ne peut pas ou qu’on ne veut pas lui acheter, on explique, on prend une photo, et on passe à autre chose. Pas de scènes dramatiques, pas de “on n’a pas les moyens” prononcé avec un air tragique.
Le but, c’est qu’il grandisse avec une relation saine à l’argent. Ni dans l’excès, ni dans la peur. Juste dans la conscience.
Ce que je voudrais qu’il retienne
J’aimerais qu’en grandissant, il garde en tête quelques idées simples.
Que l’argent est une ressource limitée, qui rentre à un certain rythme (un salaire par mois pour la plupart des gens) et qui doit durer jusqu’à la fois suivante.
Que dépenser, c’est faire des choix. Tu ne peux pas tout avoir tout le temps, donc tu choisis ce qui compte pour toi.
Que l’envie passe souvent. Quand tu as vraiment envie d’un truc maintenant tout de suite, c’est souvent qu’en attendant un peu, l’envie va passer. Et si elle ne passe pas, c’est que c’était une vraie envie.
Que parler d’argent, c’est normal. Ce n’est pas un sujet sale ou gênant. C’est un outil de la vie, qu’on peut comprendre et gérer.
Les adultes aussi apprennent en enseignant
Ce qui est rigolo, c’est qu’en expliquant ces trucs à notre fils, je me rends compte à quel point ce sont exactement les principes sur lesquels notre propre méthode des 3 comptes est construite.
Limitation des ressources. Faire des choix. Attendre pour séparer les vraies envies des envies passagères. C’est la base du rapport à l’argent, que tu aies 7 ans ou 37 ans.
Et c’est peut-être ça, le plus beau cadeau qu’on puisse lui faire : pas de lui dire ce qu’il doit faire avec son argent, mais de lui montrer comment on réfléchit, comment on choisit, comment on construit une vie financière saine.
Il fera ses propres erreurs plus tard. C’est normal. Mais il aura les bases pour comprendre ce qui se passe et revenir à quelque chose de sain.
Ce qu’on fait maintenant, qui évoluera
Il a 7 ans aujourd’hui. Dans un an ou deux, on introduira probablement la notion d’épargne pour un objectif précis. Dans quelques années, on parlera peut-être de crédit, d’emprunt, de choix financiers plus complexes.
Pour l’instant, on reste sur les bases : combien ça coûte, un salaire arrive une fois par mois, on fait des choix, on prend des photos pour ne pas oublier. Et ça suffit largement pour son âge.
L’éducation financière, c’est pas un cours qu’on donne en une fois. C’est une série de petites conversations, de décisions prises ensemble, d’exemples qu’on donne au quotidien. On fait au mieux, on ajuste au fur et à mesure.